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Articles avec #livres pour adolescents catégorie

"Dumbledore est gay" : commentaire

À propos de ma traduction postée hier, je tiens à préciser quelques éléments, de nature à dissiper quelques malentendus. En effet, j'ai aussi envoyé le résultat de mes efforts à des amis par mail. J'ai eu l'impression dans quelques réponses que l'on me pensait très sérieux.
Je souhaite rectifier cette impression. Toute cette agitation m'inspire des sentiments ambivalents, avec, tout de même, une certaine envie de dérision. Dumbledore est un personnage fictif. Aucun des 7 Harry Potter n'indique ni même ne suggère quoi que ce soit sur son homosexualité annoncée. C'est à l'occasion d'une conférence que Joan Rowling a fait cette révélation. Cela ne lui aura pas coûté très cher, puisque les livres eux-mêmes restent vierges (sic) de toute  référence homo. Elle ne risque pas de voir sa série black-listée pour cette annonce en off. Bref, il n'y a pas de quoi fouetter un chat.
D'un autre côté, cette façon naïve de "traiter" un personnage de fiction comme s'il était un être de chair et d'os est typiquement américaine. Comme est aussi très connotée cette reprise ultra sérieuse par la principale agence d'information US, et la multiplication des réactions de par le monde. Aujourd'hui, il semblerait qu'un personnage "virtuel", de par la puissance du dispositif médiatique dans lequel il s'insère, soulève des passions qui n'ont rien de virtuel. Cela met à jour aussi des confrontations symboliques qui ne se jouent plus seulement dans la vie quotidienne (voir des homos se tenir par la main, affirmer leur existence, etc.) mais aussi sur le plan de l'imaginaire. L'anecdote du livre sur les papas pingouins manifeste d'ailleurs à quel point les religieux et certains membres de la communauté gay sont sensibles à cette question, tout particulièrement quand elle engage des oeuvres destinées aux enfants. J'imagine que la crainte des homophobes est la sempiternelle panique d'une "conversion", comme si l'homosexualité était une maladie contagieuse ou une doctrine (au sens où le communisme en a été une). Les modèles sur la base desquels la droite US réagit sont inscrit dans la longue durée de ses combats précédents. L'enfance apparaît comme un territoire vierge qui ne doit pas être corrompu - aux catéchètes de le peupler des valeurs justes et des images correctes... De manière quasi symétrique, un certain militantisme homo voudrait, sur un mode beaucoup moins offensif, diffuser des représentations tolérantes de l'homosexualité.
Mon ambivalence procède de tout ceci. Je trouve grotesque le sérieux de cette révélation, les spéculations sur les indices et je m'interroge sur la portée effective d'une telle situation fictive, alors même qu'elle n'apparaît pas dans le livre. En revanche, je pense que la multiplication de personnages homosexuels dans des oeuvres grand public est un élément fondamental dans la banalisation de l'homosexualité et la lutte contre l'homophobie, ce que les homophobes ont bien compris au demeurant. Je pense aussi que si les homos font partie du paysage pour les enfants, l'école ne sera plus, à terme, ce lieu d'ostracisme et de mise au placard pour les garçons et les filles qui se découvrent éprouvant ce genre de sentiments. Quand à douze, quatorze ou dix ans, on dispose de modèles positifs dans la vie comme dans la fiction, ça aide à se construire...

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"Dumbledore est gay" (une traduction maison)

Traduction d'une dépêche Associated Press publiée ce soir dans The Advocate. Le commentaire est ici.

« Après que l'auteur J.K. Rowling a révélé que le maître sorcier Albus Dumbledore était gay, certains aspects de la relation entre celui-ci et son rival Gellert Grindelwald apparaissent sous un jour nouveau.
L'auteur britannique a stupéfié ses fans au Carnegie Hall de New-York, lorsqu'à la question d'un jeune lecteur sur les amours de Dumbledore elle a répondu qu'il était gay et qu'il était amoureux de Grindlewald, qu'il avait vaincu des années auparavant lors d'un amer combat.
« Vous ne pouvez pas imaginer combien cette idée m'a étreint, m'a enflammé, Harry » dit Dumbledore dans Harry Potter et les reliques de la mort, le septième et dernier volume de la série fantastique au succès sans précédent.
La nouvelle a suscité un choc puis des applaudissements dans le Carnegie Hall, dernière étape de la brève tournée de Rowlings aux Etats-Unis, avant de générer des millers d'e-mails sur les sites de fans d'Harry Potter à travers le monde. Quelques uns manifestaient de la déception ou de l'indifférence, mais la majorité étaient favorables.
Melissa Anelli, webmaster du site de fans "the leaky cauldron" a émis auprès d'Associated Press l'opinion que « la désignation d'un personnage d'Harry Potter comme homosexuel devrait beaucoup faire en faveur de la tolérance envers l'homosexualité ». Et d'ajouter : « En présentant quelqu'un d'aussi respecté, talentueux et humain comme quelqu'un [sic] qui se trouve être gay par ailleurs, elle accrédite l'idée que l'homosexualité d'une personne n'est pas quelque chose dont il faut avoir honte »
« "Dumbledore est gay" est un peu le genre de gros titre qui vous chamboule un vendredi soir, et ce n'est certainement pas ce à quoi je m'attendais » a renchéri Patrick Ross, un fan de Harry Potter basé à Rutherford (New Jersey), avant d'ajouter « [Mais] un personnage gay dans la série la plus populaire au monde est un grand pas en avant pour Jo Rowling et pour les droits des gays. »
Dumbledore  pourrait devenir le plus célèbre personnage homosexuel de la littérature pour enfant, mais il n'est certainement pas le premier. And Tango Makes Three de Justin Richardson et Peter Parnell, qui raconte comment deux pingouins mâles élèvent un bébé pingouin, a décroché un record de plaintes de parents et d'éducateurs auprès de l'Association des bibliothèques américaines.
En 2005, la chaîne PBS avait décidé de ne pas diffuser un épisode de Postcards From Buster (Cartes-postales de mon pote) qui avait été critiqué par la secrétaire d'Etat à l'éducation Margaret Spellings parce qu'il présentait un personnage de lesbienne. Les livres de la série Harry Potter ont eux aussi subi des retraits des rayonnages des écoles et des bibliothèques, car des groupes chrétiens affirmaient qu'ils faisaient la promotion de la sorcellerie.
Dans la série de Joan Rowling, Gellert Grindelwald est un mauvais sorcier qui a terrorisé les gens une génération avant Lord Voldemort. Les lecteurs avaient entendu parler de lui dans le premier ouvrage, Harry Potter à l'école des sorciers, comme ayant été vaincu par Dumbledore. Dans Harry Potter et les reliques de la mort, les lecteurs apprennent qu'ils ont été auparavant amis.
« Ni Dumbledore ni Grindelwald semblent jamais n'avoir évoqué cette amitié de jeunesse dans leur vie ultérieure. » écrit Rowling « N'importe comment, il n'y a pas de doute que par émoi, fatalisme et ses disparitions occasionnelles, Dumbledore a retardé de cinq années son offensive contre Gellert Grindelwald. Est-ce un reste d'affection pour l'homme ou la crainte que soit révélé que celui-ci a été son meilleur ami qui l'a fait hésiter ? »
Jeune homme, le brillant et puissant Dumbledore a été contraint de retourner au domicile familial pour veiller sur sa petite soeur malade mentale et sur son jeune frère. Comme il le reconnaît auprès d'Harry, c'est un fardeau qui l'a contrarié, parce qu'il a entravé le brillant avenir auquel il se destinait.
Ultérieurement, Grindelwald, décrit par Rowling comme « aux cheveux blonds dorés, au visage enjoué », apparaît après avoir été renvoyé de sa propre école. Sa tante, Bathilda Bagshot, évoque leur rencontre : « Les garçons se sont trouvés d'emblée. » Dans une lettre à Grindelwald, Dumbledore évoque leurs plans pour prendre l'ascendant sur le monde des sorciers : « Si tu n'avais pas été renvoyé, nous ne nous serions jamais rencontrés. » Les lecteurs de la série avaient déjà spéculé à propos de Dumbledore, ayant remarqué qu'il n'avait aucune relation étroite avec des femmes et un passé trouble et mystérieux.
« Tomber amoureux peut nous aveugler » a dit Rowling vendredi à propos des sentiments de Dumbledore pour Grindelwald, ajoutant que Dumbledore avait été « horriblement, terriblement déçu. »
« Son amour, a-t-elle fait observer, a été une grande tragédie »

Hillel Italie, Associated Press

 

 

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Je ne veux pas qu’on sache

Je ne veux pas qu’on sache de Josette Chicheportiche, Pocket jeunesse, 2007.

Ce roman destiné à des préados raconte une histoire de divorce, du point de vue de Théo, une dizaine d’années au début de l’histoire. Il s’avère peu à peu que Gilles, son père, a rencontré l’amour auprès d’un autre homme. L’histoire raconte les souffrances et la force de caractère d’un garçon que la vie a fait mûrir trop vite. L’essentiel se passe en famille, même s’il est aussi question de la bêtise collégienne. 

L’auteur est traductrice et écrivain pour la jeunesse. Son entreprise est plutôt sympathique, bien entendu. Maintenant, je trouve qu’elle projette un peu trop un regard d’adulte sur cette histoire, décrivant les sentiments du garçon comme par-dessus sa tête. Suivant une tradition psychologique bien française, elle décortique la situation avec un point de vue omniscient. Il n’y a pas beaucoup de place pour l’incertitude, les flottements. L’histoire est rondement menée, mais de l’extérieur. 

 

Cela pose la question du lectorat. Je ferais l’hypothèse que ce livre a été écrit pour des pré-adolescents qui ne savent rien de la situation vécue par Théo. Aucun personnage n’est traité de manière simpliste, ce qui est évidemment une qualité. Un lecteur informé voit venir les principales étapes comme autant de passages obligés. En somme, j’aurais envie de dire que c’est un roman éducatif, avec parfois de jolies images. Rapporté à sa finalité, je n’ai rien à redire. Comme œuvre d’art ou comme livre-compagnon, je suis plus réservé.

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Point de côté d’Anne Percin

Anne Percin

 
J’ai relu Point de côté, car cela fait de longs mois que je souhaite écrire sur ce livre. Mais je voulais le faire décemment. La première fois que je l’ai lu, c’était en novembre dernier. J’en suis ressorti marqué, mais tout était flou dans mon esprit. Il m’en restait une impression extrêmement forte, mais la mémoire en était comme effilochée. Les mois ont passé. La première fois, j’avais vécu le livre, j’avais été Pierre. Il m’a fallu une relecture pour confirmer mon sentiment premier, pour déplacer mon point de vue et prendre le recul nécessaire à une analyse. Pour ceux qui n’ont pas lu le livre, j’ai rédigé cette revue de manière à ce que l’on puisse la quitter en chemin. J’ai évité aussi de dévoiler ce qui fait le sel de l’histoire.

 

Point de côté est un roman formidable, l’un des meilleurs que je connaisse dans la littérature pour adolescents ; un livre de vie, drôle, poétique et fort. Il se présente comme le journal d’un garçon de dix-sept ans, Pierre Mouron. Tout un programme, ce nom. La vie de Pierre est marquée au fer rouge : la mort accidentelle de son jumeau lorsqu’ils avaient dix ans a plongé son existence dans un puits sans fond. Quelques pages évoquent ce passé douloureux, avec finesse et subtilité. L’essentiel est tout de même chronologique : onze mois de la vie du personnage, trajectoire en dents de scie, mais jamais donnée à l’avance, le contraire d’une tragédie.

L’idée de faire écrire Pierre est ici payante, car elle nous laisse toujours un coup en arrière, avec ce qu’il veut bien coucher sur le papier, qui n’est pas tout. Ce n’est pas évident de le réaliser quand on est pris dans l’histoire, mais les non-dits sont finalement aussi importants que ce qui se dévoile. 

J’ai envie d’une présence. J’ai envie d’une main sur mon épaule. J’ai envie… de quelque chose que je ne peux pas écrire, même pas ici. (p. 71) 

En outre, le rythme va s’accélérant : l’histoire commence durant un été brûlant comme une chape de plomb ; la rentrée s’appesantit, l’automne est confus. Avec l’hiver, la vie de Pierre prend un nouveau tour, sa course un nouveau virage, puis un autre. Après 110 pages (sur 150), le lecteur serait bien incapable de deviner comment l’histoire va tourner. C’est le début du troisième cahier, le lundi 3 janvier 2000. Le lecteur est déjà si proche de la fin du livre. La suite déroule un tiers du temps de l’histoire sur moitié moins de pages (un sixième). En quelque sorte, Point de côté raconte l’accélération d’une vie longtemps retenue prisonnière.

 

La métaphore de la course n’est pas arbitraire, car elle tient une place concrète dans la vie du héros :  

Et puis cette année, au mois d’avril, j’ai vu à la télé des images du Marathon de Paris.

Il faisait chaud, ce printemps-là. Devant moi, ma mère a dit : « par cette chaleur, c’est suicidaire de courir. »
Alors j’ai commencé à courir.

C’est facile quand on a de la volonté. Ça ne demande aucun matériel, aucun conseil, aucun partenaire. Deux mois plus tard, j’avais perdu cinq kilos. Maman a cru que j’avais fait ça pour perdre du poids. Elle n’a pas tort, mais ce qu’elle ne sait pas, c’est que je compte perdre tout mon poids. (p. 14)

L’histoire est égrenée par les courses de Pierre, qui dans cette nouvelle activité est comme une chrysalide en pleine métamorphose, prête à se révéler finalement papillon. En ce sens, plus que tout autre, ce livre exprime le mouvement de l’adolescence, la figure, le suggère, même si l’ensemble est ramassé sur une petite année. Le héros, qui a vécu en creux durant les sept années précédentes, rattrape en quelques mois ce qui lui avait été volé par un accident.
    Héros-narrateur, donc, auquel Anne Percin a prêté beaucoup d’humour, en deçà de sa carapace. Pierre ne cesse de se moquer de lui-même, et accessoirement un peu des autres. Mais il décrit aussi avec maestria des moments de trouble (un baiser dans les toilettes, un triomphe qui tourne à l’humiliation, un coup de foudre…). Sa langue n’est ni recherchée ni caricature, une langue de jeune homme, sans cette surcharge de signes qui démonétiserait rapidement le livre.

La lettre est là, à côté de moi, sur le lit. J’écris adossé au mur de ma chambre, la couverture à carreaux rouges sur mes genoux, celle avec des étriers, des chiens, des cors de chasse, offerte glorieusement à ma mère par la société La Redoute. J’ai aussi sur les épaules le pull violet de la fille du ciné. Je me fais l’effet d’un chiffonnier d’Emmaüs, l’abbé Pierre Mouron. (p. 99)

Dans le même ordre d’idées, nous sommes situés en un lieu (Strasbourg), à une période précise (du 28 juillet 1999 au 1er juillet 2000), mais cette précision ne se referme pas comme un piège qui périmerait rapidement ce qui est raconté. Dans quarante ans, le livre n’aura pas pris une ride. Anne Percin a eu cette adresse d’ancrer très nettement l’histoire tout en l’épurant de tous les détails qui pourraient la lester et rapidement la rendre obsolète. 

Il faut dire aussi un mot du style, extrêmement limpide. Les phrases sont brèves, nerveuses. Parfois, ce rythme semble figurer les tâtons du personnage. Cela donne en général un tempo rapide, mais qui peut accélérer ou ralentir. Anne Percin dispose d’une palette extrêmement riche, qui fait qu’elle peut tout se permettre. Ainsi la phrase parfois s’allonge insensiblement pour dire le temps suspendu, par exemple quand Pierre raconte une course contre un drôle de mauvais génie.

J’entends le souffle de Xavier derrière moi. Il ne doit pas être bien loin. Deuxième tournant à gauche. J’ai un goût de sang dans la bouche. Encore mes amygdales qui me jouent des tours, j’ai l’impression qu’elles saignent mais ce n’est que de la salive et un mauvais souffle, je suis encore un peu trop gros, si je perdais des tas de kilos j’aurais peut-être des poumons très larges et très purs, pourtant je ne vois pas pourquoi, les cantatrices ont bien de grandes cages thoraciques : on dit qu’elles ont du coffre. Quand les gens les voient à la télé, ils s’exclament : « Quel coffre ! ça doit être pratique pour y ranger les bagages ! » Les gens sont marrants. Quand ils ne sont pas méchants. (p. 36-37).

Au cœur du récit jaillit un monologue intérieur qui dérive entre dinguerie et métaphores. Ce ne sont plus Pierre et Xavier, mais un chameau et un serpent, et le narrateur raconte la course avec la distance d’un renard amusé. Insensiblement, il injecte des images, belles mais discrètes, qui font toute la poésie du roman. Car Point de côté est un livre poétique, pas violemment, à la Xavier Deutsch, mais dans des inflexions discrètes, un abord des choses, une façon de les prendre de biais.

Dans Strasbourg un après-midi, on se perd facilement. Je ne parle pas d’orientation, mais d’identité. Très vite, hier, je me suis senti aspiré. J’avais à peine atteint la place Gutenberg que, déjà, je m’étais dissous. J’ai continué à voguer dans la foulé, sous les arcades jusqu’à la place Kléber, presque fantôme, à cette différence près que tous mes sens étaient en éveil. Ma peau frissonne dès qu’on la frôle, même si c’est par hasard. Je rougis dès qu’on me regarde. (p. 70)

La perfection n’existe pas, mais Point de côté s’en rapproche, qui dit tant de choses en 147 pages à bride abattue. L’économie apparente de moyens cache une richesse contenue comme de l’air comprimé. En le refeuilletant, je m’extasiais du peu de ligne qu’il lui faut pour exprimer tant de sentiments et d’événements. Même les moments les plus forts peuvent tenir sur une feuille de papier à cigarette. D’après ce qui est dit dans le prière d’insérer, Anne Percin a réécrit son roman trois fois en quinze ans. Cela me confirme qu’il n’y a aucun rapport entre la spontanéité d’un livre et le travail qu’il a demandé. 

Très vivement recommandé. Du même auteur (publié depuis) : Servais des collines (un roman très réussi se passant à la Renaissance) et L'Âge d'ange.

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livre ados à thématique homo : pioché parmi mes commentaires en ligne

 J'ai écrit un nombre considérable de petites critiques de livres sur des sites internet, notamment en littérature jeunesse. Pouquoi ne pas les centraliser ici ?

 

lieshout.jpgFrère de Ted Van Lieshout :

 

Ce roman pour jeunes adultes (comme on dit dans les pays anglo-saxons et scandinaves) est une très grande réussite. Sur un thème similaire au Cahier rouge de Claire Mazard, l'auteur explore l'histoire d'un deuil dans une fratrie. Luc et Marius sont proches en âge, même si Luc a mis son cadet à l'écart avec l'adolescence. Nous sommes dans les années 1970, aux Pays-Bas. Et Marius va mourir, après quoi, comme containt et forcé, Luc devra se plonger dans le journal intime qu'il a quasiment forcé son frère à tenir. L'histoire dévoile lentement ses diverses énigmes et le lecteur demeure scotché à cette très belle histoire. Entre Erwin Mortier et Ted van Lieshout, le monde flamand produit de très belles histoires. (sur adventice.com)

 

 

 

Entre les vagues de Claudine Galéa :galea-copie-1.jpg

 

Ce bref roman est une vraie merveille. Avec des phrases brèves et simples, Claudine Galéa met à nu une histoire entre amour et amitié, avec tous ses non-dits, ses élans, ses désespoirs. Elle ne se refuse pas quelques touches de poésie, ce qui n'est pas si fréquent dans la littérature pour adolescents. L'histoire, le cadre, la trame, tout pourrait être ici parfaitement banal s'il n'y avait cette façon lapidaire, un peu syncopée (comme dans le jazz ?), de dire ou de ne pas dire, d'effleurer, de rebondir. Une belle découverte. (sur adventice.com)

 

 

 

   deutsch.jpg Les Garçons de Xavier Deutsch

 

En lisant ce livre-météore publié dans une collection pour adolescents, je me suis souvent demandé ce qui avait motivé ce choix de parution, si ce n'est la fidélité de L'école des loisirs à Xavier Deutsch. Certes, les trois héros, Arthur, Clément et Frédéric, sont adolescents. Le narrateur de l'histoire est étrange et insaisissable, et prend parfois les traits du petit frère d'Arthur, Nicolas, treize ans. Une prof de français, baptisée She said par ses potaches béats d'admiration, les exhorte à brûler la vie comme Rimbaud (dont Arthur est l'homonyme...). Le titre dit à mon sens beaucoup sur le projet du livre, qui me semble être de capter la poésie que sécrète un adolescent regardant le monde et se mouvant en son sein. Il y a une dimension homo assez forte — bien que majoritairement implicite — qui a beaucoup à voir avec la sensualité du livre. Voilà un roman poétique et mystérieux, parfois mal fagoté, mais surprenant. On en sort avec davantage de spéculations que de certitudes, et c'est tant mieux. (sur adventice.com)

 

Elliot de Graham Gardner

Gardner.jpgElliot, garçon fluet et petit pour son âge, a fait l'objet des années durant de harcèlement dans son école anglaise. Pour mettre un terme à ce calvaire, la famille a déménagé et le garçon entre à la high school de Holminster, ancien établissement privé devenu public. Il lui faut assez peu de temps pour comprendre qu'au-delà de sa façade plus policée, le nouvel établissement est encore pire que l'ancien. Il y règne en effet un système de domination insidieux et fascistoïde. Pourtant, victime pendant des années, Elliot ne veut plus endurer la torture. Il va développer des stratégies pour échapper à la fatalité des exclus, au risque de devenir impassible au sort des autres. Sur le bashing (harcèlement) dans les écoles anglo-américaines, on n'a rien écrit d'aussi beau que ce roman de Graham Gardner. Rarement livre n'a été aussi loin dans la description des ruses par lesquelles une victime s'endurcit, au risque de devenir bourreau, tout en s'enfermant dans un monde de dissimulation et d'incommunicabilité. Je préviens tout de suite : ce livre n'a rien de gay. En revanche, il nous concerne tous, parce que sa réflexion sur la domination est universelle. Pour un adolescent, maltraité ou maltraitant, ou simplement spectateur de la violence scolaire, je crois qu'il apporte des repères essentiels. D'un point de vue littéraire, c'est un roman tout à fait remarquable. (sur adventice.com)

 

 

fox2.jpgLe cerf-volant brisé de Paula Fox

 

Malgré son lieu de publication, Le cerf-volant brisé est tout sauf un livre consensuel et facile d'abord. Cette histoire d'un préado qui découvre que son père est en train de mourir du SIDA est tout sauf complaisante et pleine de bons sentiments. Comme dans le reste de son oeuvre, Paula Fox déploie un art consommé pour décortiquer la faillite des êtres et les petits arrangements de la vie, sans jamais céder au dédain. Alors osons : et s'il s'agissait de son plus grand livre ? le plus âpre ? le plus dur ? Peut-être pas le roman idéal à mettre entre les mains d'un ado qui se cherche, mais un grand livre à lire à l'âge adulte, ou quand on a suffisament de force en soi ? (sur adventice.com)

 

gornet.jpg

Qui suis-je ? de Thomas Gornet

 

Ce bref roman de Thomas Gornet est remarquable à plus d'un titre. D'abord, c'est un livre « à hauteur d'ado », qui épouse complètement le point de vue de l'un d'entre eux, sans jamais faire de clin d'oeil à des lecteurs adultes. De ce fait, on n'a jamais une longueur d'avance sur Vincent, le narrateur et héros. Ensuite, il y a beaucoup d'humour, car Vincent en est rageusement doté. Enfin, Thomas Gornet est un dialoguiste remarquable qui sait capter la langue des jeunes (sans non plus donner dans le vulgaire) et faire passer énormément de choses par cette entremise. Grâce à quoi, on évite l'introspection psychologisante et les explications. Tout est dans la suggestion, les petits détails qui font mouche. Un livre idéal pour son public, mais aussi pour les adultes. Un auteur à suivre. (sur adventice.com)

 

lambert-1.jpgMeilleur ami de Jérôme Lambert :

 

Le jeune héros de cette histoire est un garçon de troisième, dont le meilleur ami, Nathan, est fou amoureux de Claire, une fille du collège. Nathan ne parle que d'elle, ne vit que pour elle. Son meilleur ami, lui, a décidé d'aider Nathan. Il l'écoute, le suit partout, l'observe, lui dédie un cahier. Plus le temps passe et plus il est absorbé par Nathan qui est absorbé par Claire. Jérôme Lambert a réalisé là un chef d'oeuvre d'humour dans lequel le lecteur comprend des choses que le narrateur n'a pas l'air de réaliser lui-même. Il n'y a pas de malignité là-dedans, juste une façon très subtile de suggérer l'éveil de sentiments amoureux qui peinent à devenir conscients. (sur amazon.fr)

 

 

Garçon ou fille de Terrence Blacker :

blacker.jpgVoici un roman hilarant et fûté, peut-être pas gay, mais assurément queer, à faire lire à tous les ados qui se prennent la tête avec les histoires de garçons et de filles. Matthew Burton, 13 ans, et ses parents coulent une vie paisible dans la périphérie de Londres, jusqu'à ce que débarque dans leur vie le neveu de Mme Burton, Sam, qui vient de perdre sa mère. Au premier abord, ce garçon est le prototype du petit macho américain, méprisant pour les moeurs anglaises, grossier, et d'un incroyable manque de tact. Intégré vaille que vaille dans la bande de son cousin, il multiplie les bourdes, jusqu'à susciter la colère du trio. Lesquels inventent une punition en apparence inacceptable : pour les avoir ridiculisés devant leurs trois ennemies, Sam devra aller au collège déguisé en fille pendant une semaine... Contre toute attente, Sam accepte. Et c'est là que le livre commence vraiment, multipliant les situations cocasses, à la limite du fantastique. Avec une habileté de sorcier, Terence Blacker multiplie les adversités et les dénoue avec une ingéniosité humoristique sidérante. Demeure une énigme : Sam lui-même, le seul personnage qui n'est jamais narrateur de l'histoire (c'est le seul), alors que tous les autres ont en quelque sorte leur point de vue à faire valoir. L'énervant petit américain se transforme en une personne de plus en plus riche et mystérieuse, de plus en plus queer. Et l'auteur a le tact de laisser le mystère s'épaissir au fil des pages. Très vivement recommandé. (sur adventice.com)

 

 

bernos.jpgPour toi, Anissa, je fonce à deux cents années lumière de Clothilde Bernos

 

La collection « les uns et les autres » est en train de s'imposer comme la plus gay friendly du monde de la littérature jeunesse. Ce roman de Clothilde Bernos évoque la difficulté d'un garçon de dix-sept ans, Louis, à tolérer la brutale affirmation d'une identité homosexuelle chez son père. En parallèle, le roman raconte l'idylle amoureuse entre le héros et Anissa, une courageuse beurette qui doit endurer la suspicion d'un grand frère aux idées plus qu'étroites. Bien que le parallélisme des situations soit évident, Clothilde Bernos a l'élégance de ne pas disserter, mais de vraiment raconter une belle histoire d'amour et de passage à l'âge adulte. Ses deux jeunes héros sont particulièrement attachants, surtout Anissa. Le père n'est pas traité comme un saint ou un martyr, ni d'ailleurs comme un salaud. A l'arrivée, cette absence générale de manichéisme et de pédagogie gnan-gnan rend ce livre fort sympathique. (sur adventice.com)

 

 

  lebourhis.jpgIl y a des nuits entières de Michel Le Bourhis

 

Ce roman de Michel Le Bourhis est une bonne surprise. D'abord, parce que dans l'efflorescence de livres pour adolescents qui parlent de sujets homos, il n'y a pas énormément d'histoires d'amour entre garçons (pour les filles c'est un peu mieux), de surcroît racontées par l'un des protagonistes. La liste des livres sur le SIDA, la mort, l'oncle, le grand-frère, etc., OK, mais n'en rajoutons plus ! Ensuite, autre bonne surprise : la narration n'est pas linéaire, sans être trop sophistiquée non plus. Le livre est véritablement écrit, même s'il ne va pas non plus révolutionner la littérature gay (mais ce n'est pas son but). Il y a des nuits entières fait face à ce que l'on espère : un roman ni miêvre ni tragique qui raconte l'histoire de deux garçons amoureux. Enfin, l'auteur a su ménager des ingrédients propres à stimuler un lectorat jeune : des énigmes qui se dissipent lentement, une langue « contemporaine » sans verser dans la vulgarité, de la pudeur sans pudibonderie. Bref, avec cette histoire de Nathan et Sylvain, voilà un roman grâce auquel les garçons adolescents pourront s'identifier ou se retrouver. Vivement recommandé pour les CDI, les bibliothèques, les parents ouverts, les cadeaux de toutes saisons ! (sur adventice.com)

 

vermot-2-copie-1.jpgMais il part... de Marie-Sophie Vermot:

 

Marie-Sophie Vermot s'est fait une spécialité d'écrire au coeur des problèmes adolescents, avec une élégance et parfois un humour qui en font l'une des meilleurs plumes françaises pour la jeunesse. Mais il part... est à ma connaissance son deuxième ouvrage parlant d'homosexualité masculine. Il n'y a chez elle ni complaisance ni misérabilisme. Les deux personnages d'adolescents sont assez formidables, aussi bien Saül que Bettina, la nièce de l'homme qui meurt du SIDA (Kyle). Au reste, l'histoire de leur amitié est le moteur principal de l'histoire, bien davantage que l'agonie de Kyle. M.-S. Vermot excelle aussi à capter les non-dits, les suspens, les élans brisés, entre Saül et les adultes tout particulièrement. Autre chose précieuse, le livre se clôt en laissant bien des portes ouvertes, ce qui est rare dans la littérature pour adolescents. (sur adventice.com)

 

 

luna.jpgLa face cachée de Luna de Julie-Anne Peters

 

La face cachée de Luna est un très beau livre. Parfois, l'auteure en fait peut-être un peu trop question dramatisation, mais il s'agit d'un pêché véniel. A ma connaissance, il s'agit du premier livre pour adolescent qui aborde de front la question des transsexuels. Alors, comme souvent dans ce type de livre sur les « douloureux problèmes », c'est un témoin oculaire (la petite soeur) qui raconte. Mais Julie Anne Peters a réussi à exprimer très fortement et violemment ce que Luna ressentait dans son désir d'être fille, et le broyeur social qui lui est renvoyé à la figure. Ce n'est pas un livre d'une folle gaieté (même si certains passages sont assez drôles), mais extrêmement poignant, et qu'il est difficile d'abandonner avant de l'avoir terminé.

 

 Mon frère et son frère de Hakan Lindquist

 

lindquist2.jpgMon frère et son frère a beaucoup de points communs avec Frère de Ted van Lieshout et "Mon coeur bouleversé" de Christophe Honoré. Dans les trois cas, il y a au coeur du livre le drame d'un frère mort dont on découvre peu à peu les joies et les peines. Le roman d'Hakan Lindquist est plus réaliste, plus social, moins poétique. Il fonctionne comme un roman policier anglais, avec une touche de suspense. A ce titre, c'est le genre de livre à éviter quand on veut se coucher tôt... Ce que l'on découvre peu à peu est bouleversant, mais il y a moins d'audace et de poésie que dans le roman de Lieshout, moins d'émotion contenue que dans le chef d'oeuvre de Christophe Honoré. Cela n'en demeure pas moins un bon livre. Recommandé pour les 14-17 ans ? (sur adventice.com)

 

 

poulet.jpgLes roses de cendre d'Erik Poulet-Reney

 

En ces temps de réhabilitation des déportés homosexuels durant la 2ème guerre mondiale, "Les roses de cendre" semble venir à point nommé. Ce qui sauve ce livre de tout pathos et de toute bonne conscience est sa fin (que je ne raconterai pas, rassurez-vous !) Ceci étant, l'histoire n'échappe pas à un certain nombre de schémas convenus (là encore, je la boucle, histoire de ne rien éventer, le livre fonctionnant sur une cascade de révélations...) La plume de l'auteur mérite le respect, n'eussent été certains tics à mi-chemin entre Yves Navarre et Henri Pourrat. Si je raisonne en termes de cible, je pense que l'histoire touchera plus facilement un lectorat féminin, entre 14 et 20 ans, ce que je regrette, car ce sont les ados mâles qu'il faudrait rendre sensibles à cette histoire. Mais pour cela, un autre abord eut été nécessaire. (sur adventice.com)

 

 

lou.jpgUn papillon dans la peau de Virginie Lou

 

Un papillon dans la peau est l'un des trop rares romans pour jeunes dont le narrateur est un ado amoureux des garçons. Par delà son lyrisme et son côté un peu échevelé, exalté, c'est un livre captivant et vif. Il se présente sous la forme d'un mixte entre journal intime et correspondance : Omar, garçon sensible, se confie à la belle-mère de son amoureux Alexandre. Celui-ci est par ailleurs doté d'un père macho et (le plus souvent) absent, mais qui soudain décide de faire de son fils un « vrai » homme. A partir de là , le livre bascule de la chronique lycéenne au road movie, devient presque une épopée - non sans une certaine dose d'auto-dérision (Omar, encore appelé langoustine, est tout sauf un surhomme). L'ensemble est très attachant. (sur adventice.com)

 

 

    donner-2.jpgLes lettres de mon petit frère de Christophe Donner

 

De tous les romans pour enfants de Chris Donner, celui-ci est sans doute le plus accompli. Cette description d'une famille un peu sinistre qui va s'enfermer pour des vacances au bord de la mer de plus en plus cauchemardesques est passablement croquignolette. Alors, bien sûr, il y a beaucoup de procédés et ça n'est pas très réaliste, mais le côté échevelé de l'intrigue est finalement un atout : ça évite le pathos et le message un peu lourd. L'auteur se contente de suggérer à quel point l'attitude des parents envers leur fils aîné homo est injuste. Et c'est grâce à la mécanique de l'absurde que l'auteur évite, élégamment, le livre à thèse. (sur amazon.fr)

 

 

 

    Noël, c'est couic ! de Christophe Honoré

 

couic.jpgLa relation père-fils est la grande affaire de Christophe Honoré, vue des deux points de vue, comme en témoigne ce dernier livre « pour (jeunes) enfants » en date. Parce qu'il aborde un thème fort d'aujourd'hui (l'homoparentalité) en le prenant complètement de biais, du point de vue d'un gamin rageur, ce joli livre m'apparaît comme l'un des plus réussis de son auteur. En somme, le fait qu'Anton a un papa doté d'un amoureux ne change strictement rien à la grande tragicomédie des relations familiales, ni à la stupeur qu'un enfant peut ressentir devant les comportements stupides de son géniteur. Bref, il s'agit d'un livre malicieux, bien écrit, touchant sans sensiblerie : à mettre entre toutes les mains. (sur adventice.com)

 

Un coeur grand comme ça de Cordula Tollmien

n pourrait, pour simplifier les choses, dire que Un coeur grand comme ça est un roman pour ados qui parle d'homoparentalité. Et effectivement, certains détails de l'histoire vont dans ce sens : Alex, une gamine de treize ans, fait un jour la connaissance d'une femme hors du commun, Ruth, qui petit à petit va devenir comme un nouveau membre de la famille et va peu à peu conquérir le coeur de sa mère, Anne, au grand dam de son père. Seulement, c'est un peu plus compliqué que cela. La relation entre Ruth et Anne est plus indécise qu'elle n'en a l'air, le père devient moins conformiste au fil des pages, d'autres personnages apparaissent... Au total, ce sont toutes les relations humaines qui sont recomposées autour de l'énergique figure de Ruth. Cornula Tollmien, à l'image de son charismatique personnage, défend surtout un idéal d'épanouissement des personnes qui se défie conventions et des schémas tout tracés. Voilà un message sympathique pour un livre ligne claire pas ennuyeux pour un sou. (sur adventice.com)

 

 

    smadja.jpgAdieu Maxime, de Brigitte Smadja

 

Ce livre, nonobstant ses aspects gay friendly, n'a rien de très exaltant. Il est écrit dans un style assez vulaire, dont la légitmité n'a rien d'évident. Quant au Maxime éponyme, c'est un parfait hétérocrate, n'eût été son oncle en train de mourir du « cancer gay ». On pourrait se demander à quoi rime la frilosité des auteurs français, qui parent leurs jeunes héros mâles de toutes les vertus viriles, comme s'il y avait un tabou à suggérer une quelconque ambiguïté. Encore ne s'agit-il là que d'un pêché véniel, au regard d'une éciture très convenue. (sur adventice.com)

 

 

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Romans pour ados à thématique homo : explications

Quand j’avais onze-douze ans, j’ai commencé à comprendre que j’en pinçais sérieusement pour les garçons. Mais à l’époque, il n’existait pas la moindre bouée pour affronter cet océan gris et hostile qu’on appelait « homosexualité » et qui sentait la pharmacie. Pas un livre, pas un film pour m’aider à comprendre et à me sentir moins seul. Il existait des trucs pour les adultes, mais je n’avais pas vraiment l’âge et j’ignorais leur existence... Il y avait bien la collection Signe de piste et ses garçons en shorts de scout, mais il n’y avait rien de clairement gay là-dedans : il fallait lire entre les lignes. Et puis j’ai découvert plus tard que certains auteurs de cette maison d’édition étaient franchement peu présentables (genre pédophiles et/ou fachos).
elva.jpg Depuis cette époque un peu triste, les choses ont bien changé : plus particulièrement ces quinze dernières années l’édition pour ados s’est beaucoup développée, et on a vu apparaître de plus en plus de romans qui, sans être toujours franchement gays ou lesbiens, évoquent cette thématique — avec plus ou moins de réussite. Après une période où les associations catholiques hurlaient à la perversion de la jeunesse, plus personne ne remet en cause l’importance d’offrir aux adolescents, garçons et filles, des livres auxquels ils peuvent s’identifier ou qui les aideront à devenir tolérants... Certes, on a vu encore il y a quelques années les éditions Bayard refuser de publier dans un de leurs journaux la BD de Tito Le pari (par ailleurs d'une laideur graphique spectaculaire), mais hormis cela, c’est le printemps !

 Si les années 1990 ont vu le "douloureux problème" émerger dans la littérature jeunesse, un changement essentiel est survenu depuis 1999-2000 : jusque là, il s’agissait surtout de raconter comment de jeunes hétéros rencontraient l’homosexualité chez un proche (parent, frère, ami) et, à l’issue d’un processus plus ou moins long, devenaient des défenseurs convaincus du droit à la différence ; désormais, on voit apparaître des histoires dont le personnage principal est un(e) adolescent(e) faisant l’apprentissage de son homosexualité. Pour mineure qu’elle puisse sembler au premier abord, la nuance est essentielle : quand on a douze ou même seize ans, s’identifier au personnage principal est fondamental. On peut imaginer que les maisons d’édition ont mis un certain temps avant d’oser ce second pas, qui peut s’avérer financièrement risqué : rares sont encore les affirmations précoces et la honte, notamment en milieu scolaire, perdure. Il y a donc le risque de voir ces livres ne pas bien se vendre. On doit aussi lier cette inflexion à l’émergence d’auteurs sans complexes, désireux d’exprimer les sentiments que l’on traverse dans cette situation : je pense tout particulièrement à Franck Secka, Jérôme Lambert, Corinne Gendraud, Thomas Gornet et Claire Mazard.

fox2.jpgEncore faudrait-il que les ados sachent que ces livres existent. D’où la liste que j'ai publiée. Elle essaie d’être aussi riche que possible, et s’enrichira régulièrement avec des nouveautés. J’y ai fait figurer des indications d’âge, mais je reconnais que c’est subjectif et que d’un lecteur à l’autre le moment où un livre « parle » varie. J'aimerais pouvoir adjoindre des commentaires renvoyant à chaque ouvrage, mais je ne brille pas par mon savoir-faire technique. La liste que j’ai constituée a l’ambition d’être exhaustive. Par conséquent, elle met ensemble des livres pour lesquels je n’ai pas la même affection, la même considération… La vocation des lignes qui suivent est d’exprimer un commentaire global sur cette production, en faisant des comparaisons diverses et en formulant un certain nombre de jugements de valeur qui n’engagent bien évidemment que moi.

 

vermot-1.jpgTous les livres contenus dans la liste, à l’exception peut-être de Comme le font les garçons, présentent l’attirance pour une personne du même sexe comme quelque chose de positif, même si l’apprentissage de cette positivité est parfois le propos même du livre : dans Le Cerf volant brisé de Paula Fox, le jeune héros Liam réalise que son père est homosexuel en même temps qu’il apprend que ce dernier est malade du SIDA, et toute l’histoire consiste à raconter son acceptation progressive de cet état de fait. Dans Adieu Maxime ou Sweet homme, l’apprentissage du respect est également centrale, à telle enseigne que ces livres semblent parfois voués à enseigner la tolérance. On retrouve quelque chose de similaire dans Pour toi, Anissa, je fonce à deux cents années lumière, de Clothilde Bernos, même si le livre est plus complexe dans son schéma narratif. Certains auteurs francophones, en majorité hétérosexuels, ont un propos implicitement éducatif. C’est évident pour Brigitte Smadja, Didier Jean et Zad, Marie-Sophie Vermot, mais moins pour Marie-Aude Murail, qui offre d’abord sa jubilation d’écrivain dans Oh, boy !. Le livre de Franck Andriat, Tabou, est sans doute celui qui va le plus loin et le plus délibérément sur la voie éducative ; mais il a la particularité de mettre au centre de l’histoire un héros homosexuel (Philippe), ce qui évite la mise à distance des romans gay friendly. En revanche, il en résulte une sorte de caractère schématique du récit et des personnages (qui sont assez archétypiques : l’homo honteux, celui qui a le courage de s’assumer, le copain hétéro qui met de l’eau dans son vin, la « fille à pédés », etc.). Le livre de Guillaume Bourgault, Philippe avec un grand H, est, plus encore que Tabou, une sorte de catéchisme de l’acceptation de soi, mais à destination des jeunes gays essentiellement. Fort sympathique par ses intentions et sa valeur de témoignage, ce livre est pour le reste assez mauvais du point de vue de l’écriture et de l’intérêt romanesque.
honore-12.jpg Les auteurs gays qui mettent au centre de leur histoire un personnage hétérosexuel évacuent en général cette dimension problématique de l’acceptation de l’homosexualité : le petit frère de Christophe Donner accepte d’emblée les orientations de son grand frère, de même que petit Marcel à l’égard de Léo chez Christophe Honoré (dans Tout contre Léo et dans Mon cœur brisé). Les frères et sœurs (et les amis) incarnent ici une sorte d’idéal, et l’orientation sexuelle devient un simple attribut que donner-2.jpgl’amour fraternel prend en charge comme le reste. Cette évidence est peut-être liée à la classe d'âge visée par ces livres (des enfants). Il y a la même évidence dans Noël, c'est couic ! de Christophe Honoré et On m'a oublié de Guillaume Le Touze, qui s'adressent également à un public de moins de 10 ans.
Hâvre ou repoussoir, la famille est évidemment la grande affaire de presque tous ces livres, avec des modulations un peu binaires entre acceptation (la famille cocon) et refus inexpugnable. Pourtant, rares sont les livres qui sont centrés sur l’acte de la révélation (ce qu’on appelle coming out ou «sortie», chez les Québécois) : Macaron citron
de Claire Mazard et Tous les garçons et les filles de Jérôme Lambert explorent la question de l’intérieur, avec une grande délicatesse pour le second. Sweet homme et Le cahier rouge sont des variations sur l’envers des aveux : la façon dont ils sont ressentis par ceux à qui ils sont destinés. Quant au À pic de Franck Secka, il explore une autre modalité de la situation : ce qui s’affirme chez le héros, Jean, devient évident sans vraiment en passer par le dire. C’est d’ailleurs l’un des aspects stimulants de ce livre réfractaire aux situations convenues. En ce sens, les romans français divergent de leurs homologues anglo-saxons, pour lesquels la révélation à la famille et aux proches est le sujet majeur.
gornet.jpgCertains auteurs francophones se sont même ingéniés à exprimer une homosexualité qui ne s'est pas encore révélée à elle-même, qui demeure dans les limbes : c'est le cas dans Meilleur ami de Jérôme Lambert, Qui suis-je ? de Thomas Gornet et Le Secret d'Anita van Belle. Parfois, le rideau se déchire, mais pas toujours : Jérôme Lambert s'amuse jusqu'au bout avec les naïvetés de son personnage, tandis qu'au contraire Thomas Gornet a fait le pari de nous donner à vivre sans surplomb la prise de conscience de son héros. Le personnage central d'Il y a des nuits entières de Michel le Bourhis est lui aussi dans un processus de réalisation de lui-même, mais plus avancé.

Dans les livres un peu anciens, le thème de l'agonie et du deuil est omniprésent, ainsi dans les romans qui parlent du SIDA : Le Cerf volant brisé, La Nuit du concert de M.-E. Kerr, la saga "Léo" de C. Honoré, Adieu Maxime de B. Smadja et Mais il part de Marie-Sophie Vermot. Dans la littérature jeunesse, le SIDA est toujours vu de l'extérieur, du moins dans les livres qui articulent cette maladie avec l'homosexualité. Particulier est le cas des Roses de cendre d'Erik Poulet-Reney, qui évoque la déportation des homosexuels par les Nazis.

mazard-g-copie-1.jpgMais le thème du deuil ne se réduit pas au SIDA ou à la déportation : on le retrouve aussi dans Le Cahier rouge de Claire Mazard, Mon frère et son frère de Hakan Lindquist, Frère de Ted van Lieshout, C'était mon ami d'Anneke Scholtens... Il faut bien avouer qu'un nombre très élevé de romans pour ados parlant d'homosexualité ont un caractère assez lugubre, y compris des livres d'une grande beauté comme Frère (déjà cité) et Point de côté d'Anne Percin. S'agit-il d'exprimer une forme de tragique qui serait attaché à la condition homosexuelle ? J'avoue que c'est une idée assez désagréable, assez hétéro pour le coup. D'ailleurs, les écrivains gays, notamment francophones, notamment les plus contemporains, ont remisé la mort dans son placard : on meurt de moins en moins dans les livres récents.
rippert.jpg Une certaine fantaisie un peu queer apparaît dans Un papillon dans la peau de Virginie Lou et Différents de Maryvonne Rippert, mais ce ne sont pas des livres très bien fagotés. De l'humour il y a chez Thomas Gornet, Jérôme Lambert, Marie-Aude Murail (obviously !), Franck Secka, et évidemment dans La Danse du coucou d'Aidan Chambers, dont j'ai déjà parlé dans un autre billet. Cela reste tout de même le grand deal du futur : un roman d'amour LGBT pour adolescents à la fois poétique, drôle, bien écrit, émotionnellement fort, et sans cadavres...

galea-copie-1.jpgIl est difficile de recommander tel ou tel livre en disant : c'est par celui-là qu'il faut commencer. Cela dépend tellement des lecteurs... Pour un ado garçon assez jeune chez qui des choses seraient en train d'émerger, je recommanderais Entre les vagues de Claudine Galéa, À pic de Franck Secka, Meilleur ami et Tous les garçons et les filles de Jérôme Lambert, Qui suis-je ? de Thomas Gornet et Jesus et Billy s'en vont à Barcelone de Deirdre Purcell. Pour les filles, il y aurait Macaron citron de Claire Mazard et La vie comme Elva de Jean-Paul Nozière. Je ne connais pas aussi bien les romans à thème lesbien, parce qu'il y en a moins et que je ne les ai pas encore tous lus. J'aime assez Le Bâillon de Corinne Gendraud, mais c'est pour des adolescentes déjà assez mûres. Côté histoires de garçons, le chef d'oeuvre poétique du genre, c'est incontestablement Entre les vagues de Claudine Galéa. J'ai un amour tout particulier, comme lecteur adulte, pour La Danse du coucou, à mes yeux un grand livre. J'ai aussi énormément d'affection pour Point de côté d'Anne Percin, Frère de Ted van Lieshout et Les garçons de Xavier Deutsch (un OVNI). Il ne faudrait pas oublier Luna de Julie-Anne Peters, qui parle de la transexualité non sans pathos, mais avec beaucoup de force. Maintenant, il s'agit d'un choix littéraire d'adulte. L'idéal serait que les bibliothèques disposent du maximun de ces livres pour laisser aux lecteurs auxquels ces livres sont destinés la possibilité de choisir.

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La danse du Coucou d'Aidan Chambers : une petite merveille

Aidan Chambers, La danse du coucou, Le Seuil, "Virgule", 1983.

 
Je voudrais dire quelques mots sur un livre absolument incroyable. En français, il s'intitule La danse du coucou et Dance on My Grave en anglais. Il a été publié pour la première fois au Royaume-Uni en 1982 et traduit dès l'année suivante en français. Il est l'oeuvre d'un grand magicien, Aidan Chambers. J'en avais entendu parler dans un bouquin universitaire en anglais, je l'avais commandé en octobre 2006, pour découvrir ô surprise en décembre qu'il avait été traduit dès 1983 au Seuil, dans la remarquable collection de poche "Points virgule". Et surprise supplémentaire : il est toujours disponible aujourd'hui. Il y a encore des éditeurs qui ne mettent pas leurs livres au pilon !
[Nota bene : depuis la publication de ce post, le livre a fini sa longue carrière et n'est plus disponible que d'occasion... Je n'ose espérer une réédition.]
J'ai lu les deux versions en parallèle, m'aidant de la traduction, parce que la langue de l'auteur est extrêmement riche et sophistiquée (parfois un peu trop pour mes compétences en anglais). Je n'avais rien lu d'Aidan Chambers jusque là et je suis resté complètement estomaqué. A tel point que je suis allé hier soir sur son site internet. Ce n'est pas tous les jours que je découvre des plumes de cette envergure.

Dance on My Grave part d'un fait divers : un adolescent de 16 ans, Henry Spurling Robinson (Hal), a été pris en train de profaner une tombe dans le cimetière de la station balnéaire de Southend. Le roman est composé de "cent dix-sept petits morceaux" qui sont principalement l'oeuvre de Hal, entrecoupés de comptes rendus de l'assistante sociale chargée d'enquêter sur ses actes, et destinataire des écrits de l'adolescent. L'histoire racontée dure le temps d'un été (sept semaines) et suit grosso modo une progression linéaire. Ceci précisé, c'est comme si je n'avais rien dit. Hal est un personnage (et un narrateur) absolument jubilatoire. Sur une base qui pourrait sembler sinistre, Dance on My Grave est un récit picaresque, émaillé d'épisodes de comédie et de réparties fulgurantes. A l'amorce du livre Hal raconte comment il a été sauvé en pleine mer par Barry Gorman, un jeune homme de 18 ans assez haut en couleur lui aussi, destiné à jouer un rôle décisif dans l'histoire... S'adjoindra plus tard Kari, une jeune norvégienne. Autour du duo Hal-Barry gravitent d'autres personnages décrits par Hal avec une virtuosité malicieuse : ses parents, son professeur de littérature anglaise (et relecteur), la mère de Barry, une bande de motards simiesques, etc.
Si l'humour affolant est sans doute ce qui réjouit le plus immédiatement dans ce roman, la virtuosité ne s'arrête pas là. Dance on My Grave est aussi un récit d'apprentissage d'une grande finesse, une histoire d'amour à fendre le coeur, un livre rempli de jeux de miroirs dans la lignée directe de Nabokov. Dans le texte original, il y a des jeux de mots en rafale, un travail sur les sonorités, le rythme, la langue (Hal s'exprime de façon assez peu académique), le tout sans nuire à la fluidité de l'histoire. Jean-Pierre Carasso (également traducteur de Howard Buten, Brian Aldiss, Cynthia Ozyck...) a plutôt adapté que traduit littéralement tout ce qui relevait d'un jeu sur la langue. Mais pour le reste, cele me semble extrêmement fidèle. C'est évidemment moins virtuose traduit. Le tout forme un livre-monde qui parle avec une légèreté aérienne de choses très très lourdes (l'amour, la mort, ce genre-là...).
Le personnage de Hal est attachant à la manière de Holden Caulfield dans L'attrappe-coeur de Salinger. Ce serait d'ailleurs l'autre lignée dans laquelle j'inscrirais ce roman : celle du teen novel (je garde l'anglais parce qu'il n'y a pas d'équivalent aussi fort dans ce que je connais de la littérature française). Aidan Chambers a su le faire exister doublement, comme personnage et comme auteur (fictif). L'un dans l'autre, cela lui confère une épaisseur extraordinaire. Au reste, tous les personnages sont extrêmement vivants. Aucun n'est une vilaine caricature, un symbole façon "Amélie Poulain".

Bon. C'est peu et c'est trop, tous ces mots très analytiques. Je n'avais pas envie de raconter l'histoire, parce qu'elle fait partie des bonheurs de cette lecture. J'espère seulement que cela vous aura donné un peu envie.
Le site officiel d'Aidan Chambers (en anglais).

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