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Articles avec #combats catégorie

À la rescousse d’un réfugié gay iranien (urgent)

Comme je le faisais de temps en temps sur mon blog Myspace, je relaie ici un appel de l'Iranian Queer Railroad (anciennement Iranian Queer Organization), qui porte secours aux personnes LGBT qui fuient les persécutions en Iran. Ce qui suit est la traduction du dernier message de l'IRQR reçu ce jeudi 13 août 2009.
 

Aidez un gay iranien qui demande l’asile en Suisse

 

Plus tôt dans la journée, nous avons reçu un message de Suisse nous demandant de rappeler le numéro d’une cabine publique, dans le but de parler à un réfugié iranien qui n’a pas d’argent et a besoin de notre aide. Son prénom est Ali, il a 33 ans et il vient de Qom, le siège du haut clergé chiite. Il est arrivé en Suisse seulement hier et il a demandé le statut de réfugié sur la base des persécutions reconnues contre les Iraniens ayant une orientation homosexuelle. Ali a besoin d’une aide d'urgence.

Je lui ai parlé pendant 20 minutes pour en savoir davantage sur sa situation et le pourquoi de sa fuite hors d’Iran. Ses parents l’ont abandonné quand il avait un an et il a grandi dans un orphelinat public. À 15 ans, il a découvert auprès d’un ami quelle était son orientation sexuelle. C’était très difficile à assumer pour lui à Qom, du fait qu’il se sentait coupable de sa « conduite immorale » et qu’il redoutait les persécutions et la peine de mort (la sentence dans de pareils cas).

La situation d’Ali a tourné au drame quand il a été arrêté par les autorités, suite à la dénonciation d’un voisin qui l’avait espionné alors qu’il se livrait à des activités sexuelles avec son petit ami en privé à son domicile. Après un certain temps, il a réussi à être libéré sous caution mais devait comparaître devant le tribunal des mœurs de Qom.

« J’étais terrifié, parce que je savais qu’ils me tueraient. Non seulement ils avaient des témoins, mais en plus ils ont obtenu à la prison de Langround à Qom que mon petit ami avoue que nous avions eu des relations sexuelles. Il a dû le dire après avoir été torturé, parce que je sais qu’ils font ce genre de choses », m’a confié Ali durant l’entretien.

Il a fui l’Iran grâce à un passeur pour sauver sa vie et défendre ses droits fondamentaux. Ali a rajouté : « Je ne retournerai jamais en Iran parce que je ne veux pas être exécuté et que je me demande toujours pourquoi je n’ai pas le droit à une vie privée. »

Il est dans une très grande difficulté financière et a besoin de notre aide. C’est difficile de rester en contact car, comme il nous l’a dit : « Je n’ai pas l’argent pour aller dans un Cybercafé, où l’entrée coûte 7 francs suisses l’heure (environ 4,6 €). J’avais seulement 150 € sur moi quand je suis arrivé. J’en avais besoin pour trouver un toit et de la nourriture. » Nous avons encouragé Ali à remplir le formulaire pour les réfugiés en ligne sur notre site.

Nous lui avons immédiatement envoyé 200 dollars pour se nourrir et subvenir à ses besoins immédiats dans les premiers jours de l’exil. Mais Ali aura besoin d’un soutien financier à plus long terme ; aussi nous tournons vers ceux de nos soutiens qui souhaiteraient l’aider dans ces circonstances difficiles. Vous pouvez faire un don sur notre site, sécurisé par paypal : www.irqr.net (en anglais).

Durant les dernières semaines, l’IRQR a déboursé 795 dollars pour assister financièrement des réfugiés en Turquie et en Europe. Mohsen est l’un d’entre eux. Il a passé des nuits à la rue en bord de mer à Chypre, mais ce n’était pas du tout une situation de charme ! Sans domicile fixe, il y a été contraint parce qu’il ne pouvait payer son loyer. L’IRQR s’occupe de plus de 200 réfugiés, auxquels elle fournit soutien financier et aide juridique, afin qu’ils obtiennent le statut de réfugié et puissent vivre librement.

Les ressources financières de l’IRQR sont très limitées. Sans votre générosité, nos capacités sont limitées. Nous avons besoin de dons afin de continuer à aider les réfugiés iraniens, parmi lesquels Ali.

N’hésitez surtout pas à nous contacter si vous avez la moindre question. Merci d’avance pour vos dons. N’importe quelle somme est la bienvenue, même petite, à la mesure de vos capacités.

 

Arsham Parsi

Directeur exécutif

IRanian Queer Railroad - IRQR

Site (en persan et en anglais) : http://www.irqr.net/

Email : info@irqr.net

Téléphone : (001) 416-548-4171

414-477 Sherbourne St.

Toronto, On - M4X 1K5

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Faux-culs ou : le site Choisir un livre est une imposture

Oui, je suis grossier, c'est fait exprès, et vous allez vite comprendre pourquoi...
J'ai lu ce matin sur le blog de Blandine Longre un post remontant au 14 novembre, intitulé « De la critique ». Elle y évoque un site intitulé www.choisir un livre.com dont elle extrait plusieurs critiques de très haut vol. Alertée, elle a été regarder comment ils parlaient d'un certain nombre de livres pour la jeunesse qu'elle connaît bien. Vous trouverez ses conclusions sur la page indiquée ci-dessus. Comme je sentais qu'il y avait des choses à explorer, j'y suis allé voir à mon tour.
J'ai utilisé leur moteur de recherche pour voir s'ils indexaient la catégorie « homosexualité ». Oui, elle s'y trouve : 12 entrées. Sachant qu'ils notent entre 0 et 3+ (c'est-à-dire 4, note maximale), la moyenne générale des 12 ouvrages est 9/12 = 0,75. Bref, les ouvrages qui parlent de ce sujet sont particulièrement médiocres ! Parmi ceux-ci, 5 livres obtiennent un zéro : Je me marierai avec Anna de Thierry Lenain, La Vie comme Elva de Jean-Paul Nozière, Macaron citron de Claire Mazard, Point de côté d'Anne Percin et Sweet Homme de Didier Jean et Zad. Rien que des livres indignes ! Personnellement, je considère qu'ils font tous honneur à la littérature jeunesse, mais je dois être mauvais juge. À mort l'innocent d'Oskar Ténor et C'était mon ami d'Anneke Scholtens obtiennent un brillant 2, soit la note maximale pour un livre évoquant l'homosexualité.
Le compte rendu de C'était mon ami est un chef d'oeuvre, dont voici un extrait  :

Mais sous des aspects insouciants, ces ados sont beaucoup plus compliqués qu’ils n'en ont l’air et le héros de l’histoire se bat contre un passé que lui renvoie la mort de son ami. C’est finalement la simplicité et la spontanéité de sa petite amie qui vont l’aider à exprimer ses sentiments : non, il ne doit pas avoir honte des bons moments partagés avec ce garçon, amitié intense et homosexualité ne sont pas forcément incompatibles ; non, il ne doit pas culpabiliser d’avoir rejeté brutalement son ami, à 15 ans, quand on découvre son corps et les émotions physiques, les choses ne sont pas si limpides.

Je n'ai peut-être pas compris quelque chose, mais il me semble que « FW », auteur de ce commentaire, écrit noir sur blanc que le héros « ne doit pas culpabiliser d'avoir rejeté son ami (homosexuel) ». Je passe sur la transformation de personnages fictifs en êtres vivants pour ne garder que le message décomplexé...
À propos de La vie comme Elva de jean-Paul Nozière, le commentaire est particulièrement bref :

Construit autour de deux idées maîtresses, la lutte des classes et le saphisme (homosexualité féminine), ce roman engagé suit une progression équilibrée, dans l'alternance de l'action et de la montée en puissance des sentiments. Un roman qui s’adresse, selon l’éditeur, aux jeunes de 14 ans et plus... (Auteur : CHB)

En apparence, rien de négatif n'est dit. Mais si l'on se souvient que le livre a obtenu un 0, le caractère sibyllin prend un autre relief : il s'agit en fait de signaler les contenus déviants du livre « la lutte des classes et le saphisme », dont les lecteurs « amis » savent bien qu'ils sont très appréciés par le comité de lecture du site... Le processus de signalement ou d'outing fonctionne aussi pour d'autres livres. Ainsi Foot foot foot de Denis Lachaud, dont rien n'indique à priori qu'il contient une thématique homo, se voit adjuger une étoile (=1). Le commentaire est relativement patelin, mais comme le livre touche une tranche d'âge jeune, sa présence tient surtout à la thématique qu'il s'agit de démasquer :

L’auteur utilise la première personne pour permettre à Johann de nous raconter son univers : sa passion du football, ses réflexions sur son frère, adolescent ne posant jamais sa console de jeux et son entourage affectif. La maman de Johann vit avec Carolyn et Eric et Stéphane sont leurs amis les plus proches. Il se pose donc des questions face à l’homosexualité et son propre devenir. L’auteur utilise un style très familier, parfois grossier, pour traduire le langage de ce jeune garçon. Les illustrations en noir et blanc sont un agréable complément de l’histoire. (Auteur : SD)

L'enjeu est de taille. La disqualification du livre passe par une rhétorique (ultra fréquente sur ce site) de dénonciation de la grossièreté. Comme dans les pays anglo-saxons, la stigmatisation des gros mots est une arme pour cibler un contenu répréhensible. Il en va de même pour les commentaires sur Point de côté : « Ce récit à la première personne rédigé dans un style familier exprime tout le malaise de cet adolescent blessé. » Idem pour Sweet homme : « Bien écrit, malgré un langage parfois familier dans les dialogues, il vise à donner au lecteur le sentiment que cette façon d'être est une fatalité à laquelle on n'échappe pas ». On notera que les phrases agrègent souvent dans un même mouvement dénonciation et compassion. Le héros de Point de côté est « un adolescent blessé », l'ami homosexuel suicidé dans C'était mon ami a droit à des torrents de commisération. Les auteurs (anonymes) de ces douze critiques débordent littéralement de charité.
On en aura le témoignage le plus évident dans le commentaire (par « GF ») de Macaron citron :

Et, accessoirement peut-être, faut-il préciser que l'amour enflammée (sic!) de Colline est une autre fille...

Incroyable ! ni la mère, ni le père, ni la grand-mère, ni le frère ne semblent surpris de cet amour. Tout semble normal : "ton bonheur, c'est ce que je souhaite le plus au monde", répond la maman en apprenant la nouvelle. Pas la moindre discussion, pas la moindre prise de recul... Le sujet est trop lourd, trop grave pour qu'on fasse croire qu'il ne soulève aucun problème. Cela frise l'irrespect de ceux qui vivent ce genre de situation.

Non mais vous rendez-vous compte ? Claire Mazard est irrespectueuse envers ces malheureux parents qui prennent en pleine face l'homosexualité de leurs enfants. Et on ne prendrait pas assez en compte leur chagrin, leur désarroi de parents, devant ce « douloureux problème » ??!! « CHB » quant à lui (ou elle) joue plutôt sur le registre de l'ironie  :

Un roman sensible traitant de la banalisation de l'homosexualité. [...] il vise à donner au lecteur le sentiment que cette façon d'être est une fatalité à laquelle on n'échappe pas. Une fois passé le stade instable et difficile de l'adolescence, il faut savoir assumer sa différence au grand jour ! Un plaidoyer d'autant plus engageant que le livre est agréable à lire, malgré les clichés sur les parents incompréhensifs et le directeur du collège plutôt encourageant...

Ce paragraphe est d'autant plus redoutable qu'il pourrait être lu au premier degré si l'on oublie la note reçue par le livre (0) et le caractère auto-reverse de certaine formulation, comme « la banalisation de l'homosexualité », « il faut savoir assumer sa différence au grand jour », « un plaidoyer... engageant ». Ce n'est pas non plus de l'ironie de haut vol, plutôt un discours qui assume une réception en connivence par un groupe d'initiés.
Tout ceci étant évoqué, j'en arrive donc à ce qui était le but de mon post, dans le sillage de celui de Blandine. On a affaire sur ce site à un groupe de « Parents, bibliothécaires, enseignants, près de 30 personnes toutes actives auprès des enfants. Les comités de lecture sont présents en province et à Paris. » Trente courageux anonymes qui ne nous disent à aucun moment s'ils font (ou non) partie d'une mouvance catholique traditionaliste, s'ils ont des opinions politiques ou sociales qui les uniraient dans un projet commun. On ne saura jamais non plus pourquoi ils font la promotion des éditions du Triomphe, une officine nostalgique de l'enfance d'hier et admiratrice de Jean-Paul II. Je vous conseille d'aller y voir par vous-mêmes : www.editionsdutriomphe.fr (j'ai cassé le lien pour ne pas leur faire de pub, mais il suffit de le recopier sur un navigateur).
Sans doute sont-ils anonymes par abnégation. Sans doute ne disent-ils pas davantage qui ils sont parce qu'ils sont porteurs de la Vérité, et qu'il n'est pas besoin de le dire pour la saisir.
Je pense qu'après présentation de toutes ces pièces à conviction, vous aurez compris le sens de mon titre et sa grossièreté. L'homophobie n'a pas toujours un visage écumant de haine. Elle peut prendre les traits de « trente personnes actives auprès des enfants », dont pas un mot ne dépasse l'autre, et dont les préjugés sont dissimulés sous les aspects d'une charité qui se prétend chrétienne. Il m'apparaît pourtant que ces personnes sont engagées dans un combat sectaire, rétrograde et pernicieux. J'ai examiné ce site avec ma petite lorgnette personnelle. Je pense qu'elle éclaire quand même un certain nombre d'enjeux qui dépassent la question particulière de la figuration de l'homosexualité.
Vous trouverez d'autres exemples de critiques édifiantes rédigées par la rédaction de choisir un livre sur le blog de Vincent Cuvellier en date du 13 novembre 2007 (il faut un peu chercher sur la page).
Où l'on découvre qu'ils vénèrent les niaiseries sans nom et tout ce qui sent la droite extrême...
Comme disait Voltaire, il ne faut jamais oublier la nécessité d'« écraser l'infâme » !

 

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Matthew Shepard

Matthew-Shepard-head-shot.jpgMatthew Shepard est un jeune Américain né le 1er décembre 1976 à Casper dans le Wyoming. A la fin du lycée, il est parti en Suisse suivre un cursus de l'Ecole américaine. Il y a amélioré sa maîtrise de l'allemand et de l'italien. De retour aux Etats-Unis, il a étudié les sciences politiques et les langues à l'université du Wyoming à Laramie. Le 7 octobre 1998, il a été kidnappé et torturé par deux hommes, qui l'ont ensuite laissé pour mort. Le 12 octobre, il a succombé à ses blessures. Depuis cette date, il est devenu le symbole de tous les crimes de haine homophobe commis chaque année aux Etats-Unis. Ses parents, et tout particulièrement sa mère, Judy, sont devenus des figures de proue du combat contre la haine infâme, et pour que cesse l'expulsion de centaines d'adolescents par leur famille lorsque leur homosexualité est révélée.
Ce phénomène, relativement restreint dans les sociétés latines d'Europe, est terriblement répandu aux Etats-Unis, notamment dans les milieux de l'extrême-droite religieuse, où tout jeune gay est soumis à l'alternative des centres de rééducation ou de l'expulsion. Des sociétés prospères comme Exodus international offrent des "réhabilitations" (reparative therapy) qui sont des hauts lieux de mutilation psychique, dénoncés officiellement par l'Association américaine de psychiatrie. Outre qu'ils n'ont jamais rendu "hétérosexuel" qui que ce soit, ces centres sont régulièrement dénoncés pour leur fonctionnement, entre condition carcérale, embrigadement idéologique et torture morale. Quant à ceux qui ne sont pas expédiés dans ces goulags d'un nouveau genre, on en retrouve une bonne partie dans les grandes villes du pays, à la rue, souvent condamnés à la prostitution pour survivre.
Matthew Shepard avait la chance d'avoir des parents ouverts et compréhensifs, ce qui ne lui a pas épargné la vie. Durant ses années à l'université du Wyoming, il ne faisait pas mystère de son homosexualité. De toute évidence, il a été tué parce que le témoignage de son existence était insupportable pour certains. Des organisations proches de l'extrême-droite religieuse ont essayé de le discréditer dans les années qui ont suivi son assassinat, en le dépeignant comme un prostitué et un garçon de mauvaise vie. La nature calomnieuse de cette campagne a fini par être révélée, à force de témoignages patients. Quand bien même Matthew Shepard eût été un prostitué, cela n'aurait justifié en aucun cas des circonstances atténuantes pour ses deux meurtriers. En l'occurrence, ce n'était pas le cas. D'après de nombreux témoignages recueillis sur internet, c'était un garçon formidable, épris de justice et respectueux des autres.
Judy Shepard fait partie des figures de proue pour que la condition des jeunes non hétérosexuels s'améliore aux Etats-Unis. Elle a créé une fondation au nom de son fils pour lutter contre toutes les formes de discrimination. Récemment, la dite fondation a ouvert un site interactif en ligne destiné aux jeunes LGBTQQ (lesbian, gay, bisexual, transexual, queer and questionning).

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Angles morts

Dans un pays comme la France, les homosexuels (au sens large) ont acquis une visibilité sans précédent. On trouve des publicités énormes pour Têtu jusque dans des petites villes de province. Des personnages récurrents d'homos (surtout masculins) peuplent les séries télévisées, des téléfilms à thématique gaie font un tabac (comme Un Amour à taire), on ne compte plus les vedettes dont l'homosexualité est un secret mal gardé (comme Mika). Au risque d'apparaître comme un optimiste invétéré, j'aurais envie de dire qu'en l'espace de vingt ans la société de ce pays a opéré en la matière un spectaculaire changement d'attitude. Ce sont aujourd'hui les homophobes qui sont sur la sellette - chose qui aurait semblé inimaginable jusqu'à l'orée des années 1980.
Cela ne va pas sans contrecoup : les actes homophobes sont en hausse constante, même si l'on prend en compte le fait qu'ils étaient rarement déclarés dans un passé proche. Un jour ne se passe sans que l'on n'apprenne (si l'on veut savoir) qu'untel a fait un sketch ignoble, qu'une telle a eu des propos qu'on croirait d'un autre âge, etc. Pourtant, les blagues et les raisonnements homophobes ont toujours eu cours. Jusque dans les années 1980, ils avaient parfaite licence. Je me souviens d'un bal à Gigouzac organisé par France Inter dans la première moitié des années 1980. L'animateur, salarié d'une radio d'Etat, n'arrêtait pas de s'exciter contre "ces messieurs", et ça faisait rire. Je pense que ça ne passerait plus aujourd'hui, même à Gigouzac. L'homophobie ordinaire s'est rétractée, redoutant l'espace public, pour se réfugier dans les situations plus informelles : relations de travail, fêtes familiales. Elle continue à régner en maître sur les cours de récréation, quand un travail de sensibilisation n'a pas eu lieu.
Ceci dit, les contrastes n'ont cessé de s'accuser, en fonction du niveau d'éducation, de l'emprise d'un catholicisme ou d'un islam traditionnels, du sentiment d'intégration dans la société française, et de quantité d'autres facteurs moindres. L'intolérance est devenue virulente, mais également insupportable. C'est dans l'enseignement secondaire (collège et lycée) que les enjeux sont les plus vifs, parce qu'il correspond à la période où se construit à la fois l'identité sexuelle mais aussi morale des individus. Lieux sensibles par excellence, où se vivent encore les pires harcèlements homophobes, parce que les victimes n'ont pas souvent les moyens d'abréger l'expérience. Lieux où les comportements évoluent à toute vitesse, néanmoins. L'idéal serait que les collégiens et lycéens soient les acteurs principaux de la lutte pour faire reculer l'homophobie. Après tout, la condamnation des racistes en herbe la plus efficace vient de leurs pairs, et pas des adultes. On n'en est pas encore là, sauf dans une minorité de lieux privilégiés. L'intervention en milieu scolaire me semble très importante, mais elle sera bien plus efficace le jour où elle sera non pas obligatoire mais fortement encouragée. Ce n'est pas avec l'actuelle majorité qu'on peut espérer quelque chose de cet ordre. Il faut donc espérer que la pratique se généralise par la base (les établissements du secondaire), associée à d'autres transformations.
Comme les adolescents sont de grands consommateurs de médias, il est certain que l'évolution du traitement de l'homosexualité par ceux-ci joue un rôle-clé. De ce point de vue, je pense que la vigilance de groupes de pression qui auscultent les émissions, livres et journaux est absolument nécessaire, et tant pis si revient sans cesse un discours idiot sur les réactions "communautaires" ou "politiquement correctes". Ceux qui les énoncent oublient qu'un propos public n'a pas le même statut juridique qu'un propos privé et que toute incitation à la haine est théoriquement punissable. Mais la question n'est pas seulement de refuser l'homophobie dans les médias. Elle est aussi d'accueillir favorablement (sinon de favoriser) la diffusion des représentations non exclusivement militantes, banales, de personnes non hétérosexuelles, dans toute leur diversité. Et notamment quand il y a un public qui n'est pas qu'adulte.
Une anecdote rapportée par ma fille m'a particulièrement frappé. Elle a un ami de coeur de son âge, appelons-le Mathieu, en troisième dans un collège de l'agglomération toulousaine, grand coureur de jupons, et que j'ai toujours suspecté d'être homophobe dans ses comportements. Or, quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre que le meilleur ami de ce garçon avait fait auprès de lui son coming out. Et Mathieu de raconter à Agathe qu'il avait regardé des épisodes de Queer as Folk sur internet, par l'entremise de cet ami, et qu'il trouvait que les gays avaient des "plans cul" (sic) géniaux, etc. Je passe sur le détail pour ne retenir que l'enseignement de fond : un adolescent de quatorze-quinze ans disposant d'un accès à internet, même immergé dans une culture hétérocrate et sourdement homophobe, peut avoir accès aux représentations les plus emblématiques de la vie gay et y trouver de l'intérêt. Les parents de Mathieu - que je connais - ne sont ni des ploucs ni des intellectuels. Ils sont un peu de droite, dans l'air du temps. Quant à l'ami homo, il s'assume déjà en troisième. Derrière cet exemple, c'est un mouvement plus large dont j'ai eu des échos : de plus en plus de lycéens, et même de collégiens, deviennent conscients de plus en plus tôt, d'où la multiplication des coming out précoces. Sans pouvoir fournir de preuves autres qu'intuitives, j'ai le sentiment que la troisième est à peu près la classe "frontière" entre l'homophobie primitive généralisée des préados et des comportements et jugements plus mûrs, se rapprochant des comportements "déclarés" de la population adulte, tels qu'exprimés dans les enquêtes d'opinion.
Mes hypothèses concernent des tendances, pas des cas particuliers. Il y a des situations rétrogrades et d'autres davantage avancées.
Cet accès nouveau, grâce aux médias et à internet, pose un problème essentiel : que met-on devant les yeux des adolescents ? ou que laisse-t-on circuler ?
Je ne suis pas en train de poser un problème de censure, mais d'offre. En l'état actuel, faute d'une action des institutions pour faciliter l'accès des ados à la culture non hétérosexuelle, faute de sites notoires, tout est soumis à l'offre disponible et aux "régulations" (le mot en serait presque risible) du marché de la culture LGBT (pour lesbienne, gai, bisexuelle et transexuelle). Celui-ci a connu une explosion depuis les années 1980 et mérite qu'on y réfléchisse.
Aujourd'hui, de très nombreux sites en ligne proposent des produits estampillés "LGBT". On en trouve aussi dans les réseaux généralistes (amazon, FNAC), dans certains supermarchés "culturels" (Virgin, FNAC - mais pas sous forme explicite chez Cultura, à ma connaissance). En revanche, à la différence de ce qui se passe aux Etats-Unis, il n'existe aucun filtre permettant aux ados de trouver des produits spécifiques. Tout se passe comme si seule la clientèle adulte était concernée. Alors que le segment "adolescents" est largement promu de manière généraliste, il n'est jamais ouvertement question d'homosexualité. Frilosité ? Peur d'être accusés de "corrompre" la jeunesse, quand bien même il s'agit de produits (livres, DVD) ayant reçu l'agrément du ministère de la Jeunesse ? L'ennui est que cette autorégulation conduit les adolescents vers les rayons adultes sans aucun tri, sans le moindre conseil.
Parmi les produits LGBT il y a de tout. Maintenant, il faut bien constater que la fringale du public est telle que l'on trouve aujourd'hui dans les rayonnages des ouvrages ou des films qu'aucun éditeur n'accepterait dans un contexte "généraliste". N'importe quel film américain (ou autre) de seconde zone, n'importe quel livre, si possible d'une miêvrerie ou d'un cynisme consommés, trouve preneur, tant le marché est demandeur et pour ainsi dire "captif" d'une offre à mon avis sous-développée. De fait, un film aussi mauvais que Grande Ecole de Robert Salis, mal joué, mal filmé, grotesque, a eu un gros succès en DVD. Pareil pour ces innombrables mauvais téléfilms américains, comme The Trip, Big Eden, Hard Pill, Friends and Family, etc. Au reste, la médiocité est devenue internationale : je pense au navrant Mambo Italiano d'Emile Gaudreault, à Saudade de Jürgen Brüning, etc. Il sort tous les ans des dizaines de navets de cet acabit. Pour ce qui est des livres, c'est presque pire : il existe des éditeurs spécialisés pour lesquels la production de romans à l'eau de rose ou "coquins" constitue une activité exclusive. A côte de l'extimable collection "H&O poche", combien de choses accablantes offertes au lectorat homo ? J'ai l'intuition (très sexiste) que les lesbiennes sont nettement plus exigeantes que les gays, et qu'elles consomment beaucoup moins de stupidités. Elles ne représentent pourtant pas le même marché.
J'ai fait une expérience hallucinante il y a quelques années. J'avais acheté par inadvertance un livre intitulé Je veux te voir nu de Christophe Austruy, publié par le même éditeur H&O. Je n'ai pas pu dépasser la centième page tant ce livre est mal écrit, mal fichu, sans parler d'un climat moral que je trouve absolument révoltant. Or quelle ne fut pas ma surprise quelques mois plus tard en découvrant que ce ragoût était promu partout, bénéficiait de critiques favorables d'internautes, affichait des ventes confortables ! Même effarement (en pire encore) devant Une histoire simple (en fait) de Roger Vhere aux éditions Textes gais, un texte que j'ai lu en entier pour le coup, d'une ineptie et d'une maladresse telles que je n'en revenais pas que l'on puisse publier un ouvrage pareil. Même les plus mauvais romans d'Eric Jourdan, écrivain très inégal et qui a décliné lentement, sont réédités avec succès actuellement.
J'en suis arrivé à me dire qu'il y avait un cynisme tel chez les éditeurs LGBT qu'ils sont prêts à publier n'importe quel livre ou DVD, dans la mesure où ils sont presque sûrs d'un bénéfice. Il règne d'ailleurs une vulgarité étudiée sur cette "tranche" de marché. Les grands médias gays ou gay friendly ignorent la plupart du temps ces produits de rebut, voire parfois les assassinent, mais cela ne suffit pas. Internet a ouvert la voie à une égalisation critique qui a des aspects positifs en termes de démocratisation, mais qui a pour contrepartie que le seul critère objectif est l'audience. Plus on parle de quelque chose et plus il y a de chances pour en renforcer l'audience. A cause de cela, des thèses foireuses, des navets, etc., peuvent connaître une surexposition sans antidote. Sur la plupart des forums, les gens qui formulent des réserves sont vite dénoncés par les admirateurs, une critique négative sur amazon est systématiquement mal notée par d'autres internautes, etc. Comment, dans de telles conditions, donner à de jeunes lecteurs accès à un regard critique sur des objets culturels semblant faire l'objet d'un consensus par les ventes ? Comment leur donner les outils pour voir ce qui pose problème dans tel ou tel film "populaire" chez les gays ?
Jusqu'à présent, sur ce site, je me suis exclusivement donné pour mission de promouvoir des oeuvres que je trouve de valeur. Je n'aime pas me fatiguer à éreinter ce que je trouve mauvais. Je crois d'ailleurs que je continuerai plutôt sur cette voie. Ce n'est pas pour autant que j'ignore l'existence de productions nâvrantes.

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Une pétition contre les pendaisons en Iran

Le message vient de l'IRanian Queer organization (IRQO). Je m'en fais le relais. Pour ceux qui auraient besoin d'une traduction, ou de détails supplémentaires, me contacter svp. This petition come from IRanian Queer organization (IRQO).

 

October 10th, World Day Against the Death Penalty Stop Capital Punishment

 

edam4b.jpgCapital Punishment is an inhuman retribution and contributes to the vain circle of violence and retaliation within society.  So far, no country in the world has shown signs of decrease in crime by enforcing capital punishment, especially when totalitarian regimes use execution as a legitimate means to oppress, diminish and murder their opponents and opposition groups. On the other hand, psychological side-effects of executions, in short and long terms, are damaging to the victims' survivors as well as to the executers of the punishments. Add to this the fact that execution reduces society's sensitivity against violence and violent behavior. For the foundations of a civil society, for democracy and establishment of human rights, to respect the rights and the safety of alternative and freethinkers and to promote a non-violence culture, the omission of capital punishment is the first and foremost step. 
We, the undersigned of this statement, may have different political, social and cultural believes and objectives, but we all have come to agree on one point, and that is, the importance of abolishment of capital punishment for the sake of Iranian society. We urge everyone to get involved actively in a wide spread war against capital punishment in Iran and help achieve this national goal through joined efforts of all Iranians.
 

 

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