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Faux-culs ou : le site Choisir un livre est une imposture

Oui, je suis grossier, c'est fait exprès, et vous allez vite comprendre pourquoi...
J'ai lu ce matin sur le blog de Blandine Longre un post remontant au 14 novembre, intitulé « De la critique ». Elle y évoque un site intitulé www.choisir un livre.com dont elle extrait plusieurs critiques de très haut vol. Alertée, elle a été regarder comment ils parlaient d'un certain nombre de livres pour la jeunesse qu'elle connaît bien. Vous trouverez ses conclusions sur la page indiquée ci-dessus. Comme je sentais qu'il y avait des choses à explorer, j'y suis allé voir à mon tour.
J'ai utilisé leur moteur de recherche pour voir s'ils indexaient la catégorie « homosexualité ». Oui, elle s'y trouve : 12 entrées. Sachant qu'ils notent entre 0 et 3+ (c'est-à-dire 4, note maximale), la moyenne générale des 12 ouvrages est 9/12 = 0,75. Bref, les ouvrages qui parlent de ce sujet sont particulièrement médiocres ! Parmi ceux-ci, 5 livres obtiennent un zéro : Je me marierai avec Anna de Thierry Lenain, La Vie comme Elva de Jean-Paul Nozière, Macaron citron de Claire Mazard, Point de côté d'Anne Percin et Sweet Homme de Didier Jean et Zad. Rien que des livres indignes ! Personnellement, je considère qu'ils font tous honneur à la littérature jeunesse, mais je dois être mauvais juge. À mort l'innocent d'Oskar Ténor et C'était mon ami d'Anneke Scholtens obtiennent un brillant 2, soit la note maximale pour un livre évoquant l'homosexualité.
Le compte rendu de C'était mon ami est un chef d'oeuvre, dont voici un extrait  :

Mais sous des aspects insouciants, ces ados sont beaucoup plus compliqués qu’ils n'en ont l’air et le héros de l’histoire se bat contre un passé que lui renvoie la mort de son ami. C’est finalement la simplicité et la spontanéité de sa petite amie qui vont l’aider à exprimer ses sentiments : non, il ne doit pas avoir honte des bons moments partagés avec ce garçon, amitié intense et homosexualité ne sont pas forcément incompatibles ; non, il ne doit pas culpabiliser d’avoir rejeté brutalement son ami, à 15 ans, quand on découvre son corps et les émotions physiques, les choses ne sont pas si limpides.

Je n'ai peut-être pas compris quelque chose, mais il me semble que « FW », auteur de ce commentaire, écrit noir sur blanc que le héros « ne doit pas culpabiliser d'avoir rejeté son ami (homosexuel) ». Je passe sur la transformation de personnages fictifs en êtres vivants pour ne garder que le message décomplexé...
À propos de La vie comme Elva de jean-Paul Nozière, le commentaire est particulièrement bref :

Construit autour de deux idées maîtresses, la lutte des classes et le saphisme (homosexualité féminine), ce roman engagé suit une progression équilibrée, dans l'alternance de l'action et de la montée en puissance des sentiments. Un roman qui s’adresse, selon l’éditeur, aux jeunes de 14 ans et plus... (Auteur : CHB)

En apparence, rien de négatif n'est dit. Mais si l'on se souvient que le livre a obtenu un 0, le caractère sibyllin prend un autre relief : il s'agit en fait de signaler les contenus déviants du livre « la lutte des classes et le saphisme », dont les lecteurs « amis » savent bien qu'ils sont très appréciés par le comité de lecture du site... Le processus de signalement ou d'outing fonctionne aussi pour d'autres livres. Ainsi Foot foot foot de Denis Lachaud, dont rien n'indique à priori qu'il contient une thématique homo, se voit adjuger une étoile (=1). Le commentaire est relativement patelin, mais comme le livre touche une tranche d'âge jeune, sa présence tient surtout à la thématique qu'il s'agit de démasquer :

L’auteur utilise la première personne pour permettre à Johann de nous raconter son univers : sa passion du football, ses réflexions sur son frère, adolescent ne posant jamais sa console de jeux et son entourage affectif. La maman de Johann vit avec Carolyn et Eric et Stéphane sont leurs amis les plus proches. Il se pose donc des questions face à l’homosexualité et son propre devenir. L’auteur utilise un style très familier, parfois grossier, pour traduire le langage de ce jeune garçon. Les illustrations en noir et blanc sont un agréable complément de l’histoire. (Auteur : SD)

L'enjeu est de taille. La disqualification du livre passe par une rhétorique (ultra fréquente sur ce site) de dénonciation de la grossièreté. Comme dans les pays anglo-saxons, la stigmatisation des gros mots est une arme pour cibler un contenu répréhensible. Il en va de même pour les commentaires sur Point de côté : « Ce récit à la première personne rédigé dans un style familier exprime tout le malaise de cet adolescent blessé. » Idem pour Sweet homme : « Bien écrit, malgré un langage parfois familier dans les dialogues, il vise à donner au lecteur le sentiment que cette façon d'être est une fatalité à laquelle on n'échappe pas ». On notera que les phrases agrègent souvent dans un même mouvement dénonciation et compassion. Le héros de Point de côté est « un adolescent blessé », l'ami homosexuel suicidé dans C'était mon ami a droit à des torrents de commisération. Les auteurs (anonymes) de ces douze critiques débordent littéralement de charité.
On en aura le témoignage le plus évident dans le commentaire (par « GF ») de Macaron citron :

Et, accessoirement peut-être, faut-il préciser que l'amour enflammée (sic!) de Colline est une autre fille...

Incroyable ! ni la mère, ni le père, ni la grand-mère, ni le frère ne semblent surpris de cet amour. Tout semble normal : "ton bonheur, c'est ce que je souhaite le plus au monde", répond la maman en apprenant la nouvelle. Pas la moindre discussion, pas la moindre prise de recul... Le sujet est trop lourd, trop grave pour qu'on fasse croire qu'il ne soulève aucun problème. Cela frise l'irrespect de ceux qui vivent ce genre de situation.

Non mais vous rendez-vous compte ? Claire Mazard est irrespectueuse envers ces malheureux parents qui prennent en pleine face l'homosexualité de leurs enfants. Et on ne prendrait pas assez en compte leur chagrin, leur désarroi de parents, devant ce « douloureux problème » ??!! « CHB » quant à lui (ou elle) joue plutôt sur le registre de l'ironie  :

Un roman sensible traitant de la banalisation de l'homosexualité. [...] il vise à donner au lecteur le sentiment que cette façon d'être est une fatalité à laquelle on n'échappe pas. Une fois passé le stade instable et difficile de l'adolescence, il faut savoir assumer sa différence au grand jour ! Un plaidoyer d'autant plus engageant que le livre est agréable à lire, malgré les clichés sur les parents incompréhensifs et le directeur du collège plutôt encourageant...

Ce paragraphe est d'autant plus redoutable qu'il pourrait être lu au premier degré si l'on oublie la note reçue par le livre (0) et le caractère auto-reverse de certaine formulation, comme « la banalisation de l'homosexualité », « il faut savoir assumer sa différence au grand jour », « un plaidoyer... engageant ». Ce n'est pas non plus de l'ironie de haut vol, plutôt un discours qui assume une réception en connivence par un groupe d'initiés.
Tout ceci étant évoqué, j'en arrive donc à ce qui était le but de mon post, dans le sillage de celui de Blandine. On a affaire sur ce site à un groupe de « Parents, bibliothécaires, enseignants, près de 30 personnes toutes actives auprès des enfants. Les comités de lecture sont présents en province et à Paris. » Trente courageux anonymes qui ne nous disent à aucun moment s'ils font (ou non) partie d'une mouvance catholique traditionaliste, s'ils ont des opinions politiques ou sociales qui les uniraient dans un projet commun. On ne saura jamais non plus pourquoi ils font la promotion des éditions du Triomphe, une officine nostalgique de l'enfance d'hier et admiratrice de Jean-Paul II. Je vous conseille d'aller y voir par vous-mêmes : www.editionsdutriomphe.fr (j'ai cassé le lien pour ne pas leur faire de pub, mais il suffit de le recopier sur un navigateur).
Sans doute sont-ils anonymes par abnégation. Sans doute ne disent-ils pas davantage qui ils sont parce qu'ils sont porteurs de la Vérité, et qu'il n'est pas besoin de le dire pour la saisir.
Je pense qu'après présentation de toutes ces pièces à conviction, vous aurez compris le sens de mon titre et sa grossièreté. L'homophobie n'a pas toujours un visage écumant de haine. Elle peut prendre les traits de « trente personnes actives auprès des enfants », dont pas un mot ne dépasse l'autre, et dont les préjugés sont dissimulés sous les aspects d'une charité qui se prétend chrétienne. Il m'apparaît pourtant que ces personnes sont engagées dans un combat sectaire, rétrograde et pernicieux. J'ai examiné ce site avec ma petite lorgnette personnelle. Je pense qu'elle éclaire quand même un certain nombre d'enjeux qui dépassent la question particulière de la figuration de l'homosexualité.
Vous trouverez d'autres exemples de critiques édifiantes rédigées par la rédaction de choisir un livre sur le blog de Vincent Cuvellier en date du 13 novembre 2007 (il faut un peu chercher sur la page).
Où l'on découvre qu'ils vénèrent les niaiseries sans nom et tout ce qui sent la droite extrême...
Comme disait Voltaire, il ne faut jamais oublier la nécessité d'« écraser l'infâme » !