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My Heartbeat de Garret Freymann-Weyr

My Heartbeat de Garret Freymann-Weyr (HMH Books for Young Readers, 2002)

My Heartbeat a été publié pour la première fois en 2002 par Houghton Mifflin. C’est un court roman de 138 pages. Selon les indications de l’éditeur « Garret Freymann-Weyr a grandi à New York entourée de 3 soeurs et de 2 parents excessivement intéressants. Ses deux premiers romans pour adolescents When I was older et My Heartbeat ont reçu d’excellentes critiques et elle est reconnue comme un talent prometteur de la littérature jeunesse. » Depuis, elle en a publié au moins deux autres : The Kings Are Already Here (2003) et Stay With Me. Je ne connaissais pas l’univers de cette auteure avant de lire My Heartbeat, livre porté au pinacle par Michael Cart et Christine Jenkins. Elle affectionne les situations limite : When I was older raconte le travail de deuil d’une adolescente après la mort de son petit frère atteint d’une leucémie ; The Kings Are Already Here fait se rencontrer à Genève une jeune danseuse anglaise et un futur champion d’échecs russe, qui ne sont jamais posé de questions sur ce qu’ils allaient devenir ; Stay With Me parle de problèmes de suicide et de dyslexie. (2006).

Indéniablement, My Heartbeat est un livre intéressant. Il se passe dans une famille de la bonne bourgeoisie intellectuelle new-yorkaise. Les MacConnell sont des gens bien élevés et très exigeants à l’endroit de leurs enfants. Ils ont un garçon Link (Lincoln) qui entre en terminale et une fille, Ellen, de deux ans moins âgée. Elle est la narratrice du roman et un très beau personnage de jeune fille. L’histoire commence pendant des vacances d’été dans le Maine, où les MacConnell ont une propriété. Link a un ami inséparable, James Wentworth, dont les parents vivent une existence de jet-setters dans laquelle leur fils a peu de place. Link, James et Ellen forment un improbable trio. Les disputes fréquentes entre Link et James et les échappées nocturnes de ce dernier conduisent Ellen à se poser des questions sur la nature des relations entre son frère et son ami, dont elle est par ailleurs très amoureuse. Avec la rentrée scolaire et l’entrée d’Ellen au lycée, les questions vont lentement se préciser, dans le regard des autres notamment. Quand elle finit par interroger directement les deux garçons, James reconnaît avoir eu des expériences masculines, mais Link refuse violemment toute idée d’amour entre James et lui et s’affirme comme hétérosexuel. La suite du roman est marquée du sceau de la brouille entre les deux garçons et du rapprochement entre Ellen et James.

Roman d’apprentissage très classique, ce livre a au moins deux intérêts particuliers. Le premier est son intelligence sociale : Garret Freymann-Weyr décortique avec une acuité de sociologue les “invisible laws” qui corsètent les comportements du père et du frère, les dénis que chacun multiplie, la violence des réactions individuelles à des pressions étouffantes. L’autre est une riche sensibilité aux détours et contours de chaque personnage, qui nous épargne la caricature et le simplisme. Même Mr MacConnell, personnage assez oppressif et potentiellement déplaisant, est traité avec nuances par l’auteur.

L’homosexualité masculine est indéniablement un sujet essentiel du livre, mais Garret Freymann-Weyr refuse de la considérer comme un état statique et identitaire. Link et James ont en la matière des façons presque inverses d’agir et de ressentir. De toute évidence, c’est l’attitude honnête et lucide de James qui a les faveurs de l’auteure, même si elle suggère très bien comment l’ambiance instaurée par Mr MacConnell a pu interdire à Link toute acceptation de lui-même. La question de la sexualité des personnages n’est pas éludée non plus, et sans pruderie.