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3 nouveaux livres pour ados (en anglais) avec des personnages gays

J'ai enchaîné 3 livres remarquables pour ados ces derniers temps : The Method de Robert Paul Walker (1990), Hard Love d'Ellen Wittlinger (1999) et Peter de Kate Walker (1991). Circonstance fortuite, ce sont trois livres fortement humoristiques, avec des dialogues assez virtuoses. Le premier est difficile à trouver autrement que d'occasion ; les deux autres sont disponibles neufs (en ligne). Ce sont plutôt des livres pour ados déjà mûrs (14 ans et plus).
 
"Albie sat in the bathtub and tied to get comfortable. It was ridiculous. Either his feet went halfway up the tile wall, or his head bumped into the towell rack. Finally, he scrunched himsel into a fetal position, with his knees up around his chin. It wasn't good, but at least he could soak his back and shoulders at the same time. The arms and shoulders were bad, but the back and shoulders were worse." (p. 25)
The Method raconte un été d'Albie Jensen, seize ans, grand échalas maladroit, qui rêve de jouer le monologue d'Hamlet. Depuis le divorce de ses parents, il vit seul avec sa mère, qui tente de refaire sa vie. Il a réussi à intégrer une classe d'été dans sa high school, animée par Mr Pierce, un adepte de la méthode de Stanislavski et de l'Actor's studio. Il y a quelque chose de M. Hulot en plus jeune chez ce garçon malin mais extraordinairement gaffeur.Le petit groupe d'heureux élus socialise peu à peu. Albie sympathise avec Mitch et Maggie. Il prend une cuite mémorable, trahit ses nouveaux amis pour fréquenter le brillant Cliff et sa petite amie Stefanie, découvre que le monde est parfois cruel, et apprend petit à petit à faire un peu plus attention aux autres. On est en plein dans le genre "roman d'apprentissage", mais celui-ci a au moins deux qualités propres : il noue de façon ingénieuse une forme assez bateau avec une évocation des pratiques théâtrales qui joue un rôle de miroir pour ces adolescents en construction (en devenant des acteurs, ils apprennent peu à peu aussi à vivre); c'est un roman vif et qui manifeste une grande malice, tant à l'encontre du lecteur que de ses personnages. La figure du professeur, Mr Pierce, est tout à fait intéressante et se complexifie à mesure que le roman avance. L'homosexualité est un thème secondaire mais non négligeable de l'histoire.
 
Hard Love d'Ellen Wittlinger est un récit à la première personne. Les premières phrases en donnent tout de suite le ton.
"I am immune to emotion. I have been ever since I can remember. Which is helpful when people appeal to my sympathy. I don't seem to have any."
Ici, l'humour sera noir et l'émotion un problème. John Galardi Jr a seize ans et il a décidé de publier un "zine", c'est-à-dire un journal autoédité, Bananafish, dans lequel il donne libre cours à son humour cinglant. Ellen Wittlinger lui a prêté un talent de satiriste et une matûrité de jugement, qui lui font considérer la vie ordinaire de ses contemporains avec beaucoup de détachement. John, qui s'est rebaptisé Giovanni pour ses aventures littéraires, n'a qu'un seul ami, Brian, qu'il moque et maltraite avec application. Ils habitent dans une lointaine banlieue de Boston, dans le Massachussetts. Chaque week-end, John va chez son père, qui habite en ville. Il a découvert le zine tenu par Marisol, qui se définit elle-même "Puerto Rican Cuban Yankee Cambridge, Massachussetts, rich spoiled lesbian private-school gifted-and-talented writer virgin looking for love". Fasciné par la personnalité littéraire de Marisol dans son zine Escape velocity, il n'aura de cesse de la rencontrer et de devenir ami avec elle. Cette amitié ne va pas sans heurts et sans clashs, car la jeune fille est dotée d'une personnalité volcanique et rejette à priori les adolescents mâles hétérosexuels, encore que John se dise "neutral" au début du roman. 
Nourri de tout un esprit folk hérité de la contre-culture, Hard Love est une très belle histoire d'amour et d'amitié, qui dissèque les confusions et les ambiguïtés d'adolescents presque adultes. De nombreux extraits de journaux sont insérés dans le livre, ainsi que des chansons, qui font rupture par rapport au fil de la narration et nous font revivre les expériences d'écriture et de lecture de John. Bien entendu, son cynisme cache de grosses blessures. Les deux personnages centraux prennent rapidement de l'étoffe et l'auteure sait à merveille nous suggérer tout ce qui se cache dans les blancs de la parole et faire surgir les émotions enfouies. Demeure cet humour cinglant et un peu désespéré qui fait de la lecture de ce roman un grand plaisir.
 
J'ai gardé pour la fin Peter de Kate Walker que je viens de terminer. Il y a deux aspects assez coriaces pour un lecteur pas totalement bilingue : la plupart des dialogues sont écrits en aussie (australien), avec un nombre spectaculaire d'idiomatismes, et si on ne connaît rien à la moto, il y a des passages assez hard. Malgré ces obstacles, le livre se lit facilement. Là encore, le héros est le narrateur de l'histoire, un garçon de 15 ans et demi, excellent à l'école, affligé d'un grand frère étudiant et exaspérant, Vince, d'une mère infirmière divorcée hyper protectrice, et d'un père qui ne se montre que pour beugler et faire des scandales, avec une mentalité de beauf épais. L'environnement de Peter est peuplé de ploucs pas très fins, y compris son meilleur ami, Tony, dont la seule obsession est de coucher avec des filles. Les deux fils ont choisi de vivre avec leur mère dans ce qui semble être un bled paumé de l'Australie profonde. Passionné de moto, Peter se retrouve à côtoyer régulièrement une bande de loulous assez peu recommandables, sous la coupe de "Gaz", leur chef, flanqué de gars vicieux, bêtes et intolérants, notamment le bien-nommé "Rats". Leur jeu préféré est de harasser Eddy, surnommé Alice, "the poof", pas très courageux mais toujours près à se faire accepter, y compris par les moyens les moins recommandables.
Vince et Peter n'ont pas été éduqués comme ça. Ils sont "smart and sensitive", tolérants, toujours près à balancer une vanne. Leur mère a fait leur éducation sexuelle et il y a des capotes plein la maison. Un après-midi, Vince embarque son frère à son corps défendant pour des courses en ville. Vince veut dépanner son ami David Rutherford dont la voiture de collection est en panne. Il se défausse sur son petit frère des emplètes de légumes pour la famille. Au dernier moment, Peter embarque David pour les courses en plantant Vince. Un début de complicité naît entre l'ado et le jeune adulte. Un peu plus tard, Vince met en garde Peter en lui expliquant que David est gay. De cette révélation va naître une cascade de complications, aggravées par la présence de la horde de motards débiles.
Le livre est construit sur un crescendo dramatique et émotionnel particulièrement intense et bien foutu. L'ambiance incroyablement homophobe du patelin est rendue de manière remarquable. Mine de rien, Kate Walker a un don pour faire saillir la bêtise et l'intolérance humaines. La famille de Peter tranche là-dessus par son ouverture d'esprit, sauf le père, qui est un concentré de crétinerie. Là encore, l'humour est particulièrement réjouissant. La fin est extrêmement émouvante. Très vivement recommandé si vous pouvez lire l'anglais.