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Journée mondiale contre l'homophobie

Aujourd'hui a lieu la journée mondiale contre l'homophobie. A cette occasion, SOS-homophobie publie son rapport annuel 2008 (qui concerne l'année 2007), assorti d'une synthèse d'une exceptionnelle Enquête sur la lesbophobie, qui a demandé des années de travail. Le Rapport coûte la modique somme de 10 euros et la Synthèse huit. Les acheter, outre le soutien à l'association, c'est se donner les moyens de prendre la mesure de discriminations dont on ne réalise pas toujours l'ampleur. Comme le signalent dans la préface Jacques Lizé et Marion Lemoine (co-présidents de l'association), SOS-h. a encore enregistré plus de 1260 témoignages l'an passé. Et encore ne s'agit-il que de la partie émergée de l'iceberg. On ne sait rien de tous ceux qui n'osent pas témoigner, ou ne savent pas qu'ils peuvent le faire, voire même se reprochent à eux-mêmes d'être lesbienne, gay, trans...

Les témoignages sur la ligne ont une géographie : Île de France, pourtour méditerranéen, Nord-Pas de Calais, métropoles. Elle se calque sur les principaux foyers de peuplement et les principales concentrations urbaines, mais avec toutefois des spécificités socio-culturelles : le midi (tout particulièrement méditerranéen), et les zones déshéritées (le Nord et la Lorraine, les banlieues à problèmes), où les manifestations d'homophobie semblent particulièrement virulentes. Pourtant, on aurait tort de sous-estimer ce qui peut se passer en milieu rural, où le contrôle social et l'impossibilité de l'anonymat compliquent singulièrement les situations, et des formes d'homophobie plus sophistiquée (et moins voyante) que l'on rencontre dans des lieux ou des groupes à priori favorisés (aspect qui échappe malheureusement à l'objectivation).
Le
Rapport enregistre 132 aggressions physiques en 2007 : bousculades, coups, crachats, meurtres... Entre janvier 2002 et janvier 2008, ce sont 14 personnes qui ont été assassinées parce qu'elles étaient homosexuelles. Les auteurs signalent que les victimes sont toujours des hommes, souvent âgés, tandis que les aggresseurs sont presque toujours de jeunes adultes (moins de 26 ans). Seules 7 affaires ont eu des suites judiciaires, 4 sont en cours d'instruction et 3 n'ont eu aucune suite !
Un certain nombre de thèmes et d'univers sociaux sont abordés : commerce, école, famille, justice, lesbophobie, politique, travail, voisinage, etc. Deux domaines me semblent socialement préoccupants : le milieu scolaire, où l'on est loin d'avoir un travail de sensibilisation équivalent à ce qui existe pour le racisme, avec des problèmes multiformes, même si la prise de conscience des adultes (enseignants, administrations) s'est nettement améliorée. Et le monde du travail, où l'homosexualité, supposée ou extorquée, ocasionne des problèmes sans fin de discriminations (refus de promotion, mise au placard, voire pire), harcèlement, etc.

L'Enquête sur la lesbophobie (évoquée dans Libération hier
) se base sur un questionnaire diffusé à la charnière de 2003 et 2004, qui a obtenu près de 1800 réponses et a fait l'objet d'un traitement statistique. La particularité de la lesbophobie est que bien souvent elle s'exprime par un déni de la sexualité lesbienne, notamment de la part d'hommes, convaincus que c'est une affaire d'insatisfaction sexuelle. Cela occasionne des comportements collants, souvent à la limite de la bestialité. Bien souvent, comme le souligne les rédactrices (et le rédacteur) du rapport, la lesbophobie revêt des formes plus sournoises que son corollaire à l'encontre des hommes. "La lesbophobie, empreinte de sexisme, avance rarement à visage découvert, surtout lorsqu'elle provient d'amis ou de la famille", écrivent-elles.  La violence est moins présente, en revanche les préjugés sont terriblement pesants, avec le cortège de clichés, de réflexes de commisération - qui est une forme de mise à distance -, sans parler de répercussions très négatives dans le monde du travail, la santé (gynécologues refusant de soigner des patientes lesbiennes...), la justice (garde d'enfants issus d'un couple hétérosexuel), etc.
De tout cela procèdent souvent un "mal-être", un emmurement dans la solitude, et autres souffrances qui peuvent avoir des conséquences plus ou moins graves. Si les atteintes directes sont moindres que dans l'homophobie visant les gays, les atteintes indirectes ne sont pas moins préoccupantes.
Pour celles et ceux que le sujet intéresse, je recommande aussi le petit livre de Stéphanie Arc, Les lesbiennes, ed. le cavalier bleu, coll. "idées reçues".


Tout ceci n'est pas très amusant, ni très optimiste. Je suis de ceux qui pensent qu'il y a plutôt un mieux continu depuis 1981. Mais on est encore loin de la situation digne d'une démocratie et d'une société éclairées.