Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 20:13

Homes_Jack.jpgLa période de fêtes qui vient de se terminer m’a permis de me reposer d’un trimestre éreintant mais aussi d’aller faire un tour du côté des librairies LGBT de Paris (Violette and Co, Les Mots à la Bouche). J’ai alors découvert que la  « rentrée littéraire » de cet automne avait été riche en événements concernant la littérature jeunesse à thématique gay. Avec un petit peu de retard, voici donc quelques indications sommaires, à charge pour moi de faire des comptes rendus plus élaborés par la suite. Premier constat : il y a eu une mini-vague de traductions. Deux sont particulièrement notables. Il s’agit d’une part de la sortie longtemps attendue en français d’un « classique » des young adult novels, Jack de A. M. Homes, grâce aux bons soins de Jade Argueyrolles chez Actes Sud Junior. Publié il y a déjà 20 ans aux États-Unis, ce roman raconte la découverte par un adolescent (narrateur de l’histoire) de l’homosexualité de son père, récemment divorcé. Contemporain du Cerf-volant brisé de Paula Fox, ce livre raconte une histoire moins tragique mais assez dure pourtant. Mes souvenirs du texte anglais sont assez brumeux et je n’ai pas encore eu le temps de le relire. A.M. Homes est une véritable institution outre-atlantique et elle est de mieux en mieux connue ici. J’y reviendrai…


Green--Levithan--Will-et-Will.jpgL’autre traduction notable est Will et Will de John Green et David Levithan, qui a créé un gros buzz l’an dernier dans le monde des romans pour ados. Pour le coup, Gallimard et Nathalie Peronny n’ont pas tardé pour l’adapter en français. Je sors de la lecture croisée des deux éditions et je suis encore sous le choc. Ce roman raconte l’histoire parallèle de deux homonymes (ils s’appellent tous les deux Will Grayson) habitant dans l’immense banlieue de Chicago. L’un est un jeune gay dépressif (voire suicidaire) et au placard, replié dans une relation difficile avec une amie à l’humeur sinistre (Maura). L’autre vit dans l’orbite d’un ami aussi queer qu’il est énorme physiquement (Tiny) et en pince secrètement pour une amie de celui-ci (Jane). Le pitch du livre est de les faire se rencontrer au premier tiers du roman et d’entremêler leurs histoires au travers de Tiny, la figure-clé du livre. John Green s’est fait la voix du Will Grayson hétéro gay-friendly et David Levithan porte celle du Will Grayson gay et dépressif. Par delà les différences d’écriture et les écarts de personnalité, ce qui fait le ciment du livre est un humour ravageur, entrecoupé par des moments extrêmement touchants. C’est ce qu’on appelle un page turner (un livre qu’on a dû mal à reposer une fois qu’on l’a commencé), mais c’est bien davantage que ça : on a rarement fait aussi réussi dans cette catégorie, par le mélange des genres et l’intelligence des situations, même s’il y a quelque chose d’abracadabrant dans les extrêmes où nous mène la fiction.blackman--boys-don-t-cry.jpg
 

 

Enfin, je signale aussi, venant de Grande-Bretagne, Boy’s Don’t Cry de Malorie Blackman, chez Milan, dans la collection « macadam » (traduit par Amélie Sarn) que je n’ai pas encore eu le temps de lire. Manifestement, l’auteur est une tête d’affiche de la collection.

Du côté français, j’ai découvert le premier roman de Claire-Lise Marguier, Le faire ou marguier--le-faire-ou-mourir.jpgmourir, aux éditions du Rouergue. Après 50 minutes avec toi de Cathy Ytak, ce roman assez dense confirme un changement de ton dans la façon d’aborder l’homosexualité à l’adolescence, beaucoup plus sombre qu’auparavant, affrontant la question du rejet familial et du harcèlement. Le héros et narrateur, Damien (ou Dam), est un jeune lycéen effrayé par le monde des hommes et qui a du mal à y mettre la confiance nécessaire à sa simple survie. Par chance (?), il croise la route de Sam, un élève de terminale qui lui apporte d’emblée une protection et une affection comme il n’en avait jamais reçu. Mais les apparences sont contre Sam (qui a une allure vaguement gothique) et le père de Damien ne veut entendre parler ni de leur amitié ni du coming out (forcé et abstrait) que son fils s’est fait extorquer au lycée. Menacé par un père écrasant et des brutes homophobes, le héros/narrateur est constamment aux abois, avec Sam pour seul refuge. Jusqu’au bout du livre on se demande comment tout cela pourra finir…
Ce roman est plutôt réussi, même si on pourrait lui reprocher un certain tropisme pour le pathos. Le patronage de Gus van Sant ou Larry Clark est plus évident que celui de la littérature francophone. J’ai aussi apprécié les nombreuses indécisions que Claire-Lise Marguier a laissée dans son texte, qui évitent de figer le personnage de Damien.

 


Heterographe--n--6--comp-copie-1.jpgJe finirai ce post par l’évocation d’une heureuse surprise pour l’abonné que je suis (quasiment depuis ses débuts) de la revue Hétérographe, « revue des homolittératures ou pas ». Le numéro 6, livré en octobre est un « spécial enfance », où l’on retrouve à la fois des textes brefs d’écrivains (cf. infra), des entretiens (avec l’éditeur Thierry Magnier et une responsable d’association suisse), un cahier de dessins d’Albertine et des « réflexions » qui interrogent spécifiquement l'identité de genre, et quelques comptes rendus de livres.
Le propos d’ensemble déplace le curseur des réflexions sur la sexualité et l’identité de genre vers un moment que l’on a longtemps considéré comme « temps de latence », enjeu aujourd’hui de luttes parfois sordides, et pourtant « espace des possibles, de l’invention de soi », comme l’exprime Pierre Lepori dans l’éditorial. Homoparentalité, préjugés, sentiments naissants : les textes proposés explorent avec bonheur un certain nombre de terrains où l’enfance peut être finalement à l’aise, et moins normative que le monde des adultes.
Dans la section Écritures, on retrouvera un certain nombre d’auteurs bien aimés dans ce blog : Anne Percin, Cathy Ytak, Thomas Gornet, mais aussi Karim Ressouni-Demigneux et Jürg Schubiger. Plus surprenante est la présence de Claude Ponti, que l’on n’aurait pas imaginé là, même si l’exercice purement scriptural « Une cachemare » est éminemment pontiesque ! Dans un conte poignant, « L’histoire du petit garçon qui n’avait plus sa tête », Thomas Gornet revisite la différence comme cauchemar et comme stigmate, mais aussi comme ciment d’une fraternisation des exclus. Cathy Ytak s’amuse et nous piège avec un quiproquo savoureux intitulé « Ça change tout ». Et Anne Percin retrouve la voix bien aimée de son personnage Pierre Mouron dans « Conversation avec Samuel », après Point de côté et Bonheur fantôme, occupé à discuter les préjugés du fils de son amoureux de toujours. Où Pierre Mouron troque provisoirement son « droit à l’indifférence » pour une véritable leçon contre les préjugés homophobes !

Par Joannic Arnoi - Publié dans : Livres pour adolescents
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Vendredi 3 juin 2011 5 03 /06 /Juin /2011 20:00

Je me suis rendu compte tout à l'heure que je n'avais rien publié sur ce blog depuis le 9 septembre 2010... Autant je ne me sens obligé à rien, autant je suis bien conscient des effets délétères de ce mutisme : over-blog inonde mes pages de publicité indésirable dès que je laisse les choses trop longtemps en l'état, faire une visite doit être très décevant à la longue, etc.

Je n'ai pas envie de rentrer dans des détails ni des justifications. Disons seulement que le travail de suivi du site C'est comme ça pompe l'essentiel de mon temps libre, notamment en accompagnement d'adolescent-e-s, avec lesquel-le-s nous avons une importante correspondance. Et quand je rédige une notice de livre, je ne la republie pas ici. Nous commençons aussi à voir affluer des demandes de journalistes pour des interviews sur le sujet des adolescents homosexuels. C'est plutôt bon signe !

Bref, une activité chasse l'autre... Cela n'a rien de fatal pour autant et la critique littéraire me manque. Je n'ai simplement pas le désir de m'en tenir à des listes ou à des analyses sommaires. Vous parler de Sommeil des Dieux d'Erwin Mortier (que j'ai lu) nécessiterait du temps et sans doute des relectures. Le livre aurait en tout cas toute sa place sur ce blog... La liste des romans candidats ne cesse de s'allonger, alimentant ma paresse.

Je peux déjà vous renvoyer à ce que j'ai écrit sur un roman jeunesse récent de Cathy Ytak ou le roman autobiographique de Claude Arnaud. Il n'est pas dit que ces lectures ne trouveront pas de rebond ici, plus tard... Mais j'ai une masse énorme à écrire pour mon travail au préalable, et c'est assez prioritaire.

Par Joannic Arnoi - Publié dans : Billet
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Jeudi 9 septembre 2010 4 09 /09 /Sep /2010 11:56

Mortier-sommeil-des-dieux.jpg Je viens de découvrir par un amusant hasard la parution d'une nouvelle traduction d'Erwin Mortier aux éditions Fayard, Sommeil des dieux, toujours grâce aux bons soins de Marie Hooghe. C'est la traduction de Godenslaap, initialement paru en 2008 chez De Bezige Bij (éditeur néerlandais installé à Amsterdam). Je ne saurais dire assez haut la reconnaissance que j'ai pour le travail d'une traductrice et la ténacité d'un éditeur qui, depuis 2003, ont offert au public francophone cinq ouvrages d'un écrivain absolument incroyable, et cela alors que bien rares sont les organes de presse qui défendent bec et ongles Erwin Mortier (à part Libération et Le Matricule des Anges, quels sont-ils ?).

N'étant pas néerlandophone, je ne saurais rien dire de la qualité des traductions de Marie Hooghe, sinon leur élégance et leur fluidité. En revanche, on peut signaler qu'elle a eu le prix de traduction Amédée Pichot pour Marcel en 2003. Et Erwin Mortier, qui lit et comprend le français, a lui-même exprimé toute l'estime qu'il avait pour le travail de sa traductrice. Dès lors, la déperdition inévitable que représente le changement de langue est largement atténuée par la rigueur, l'ingéniosité et les qualités artistiques de cette grande professionnelle.

Rappeler qu'Erwin Mortier est aussi poète et que ses récits relèvent de la prose poétique ne serait pas faux, si l'on ne prenait le risque de l'enfermer ainsi dans un registre qui peut échauder certains ou suggérer quelques limites à ses talents de romancier. Or, justement, la poésie n'est qu'une corde à son arc. Erwin Mortier est aussi un écrivain satirique, doté d'un humour ravageur (souvent prêté à ses personnages de matrones flamandes, bigotes mais humaines), peignant avec un sens de l'observation sans égal un monde rural et populaire flamand peu à peu plongé dans la « société moderne ». C'est aussi un virtuose des dialogues et un écrivain très sensible à la temporalité d'un récit - qu'il tord, déforme, accélère, ou au contraire allonge, apaise, avec une justesse fascinante. Autrement dit, c'est un romancier complet, et qui peut séduire des sensibilités de lecture très diverses.


Depuis plusieurs années, j'ai le projet de consacrer ici un post à chacun des livres d'Erwin Mortier publiés en français, quand bien même seul Ma deuxième peau relève de la thématique de ce blog. On trouve déjà un texte consacré aux Dix Doigts des jours, un court « récit » paru après sa « trilogie de la mémoire » (Marcel, Ma Deuxième peau, Temps de pose). Durant l'été 2009, j'avais relu très attentivement Marcel, mais malheureusement le cours de mes activités professionnelles ne m'a pas permis d'aller au bout de ce projet (entre autres efforts de cette époque qui ont avorté).

N'ayant bien évidemment pas encore lu Sommeil des dieux, je reproduis ci-dessous le texte de la quatrième de couverture.


« Une très vieille femme, Helena, se remémore sa très longue vie, qu’elle consigne dans des cahiers que personne ne lira jamais. Les dialogues avec Rachida, l’infirmière marocaine qui s’occupe d’elle, constituent son seul contact avec le monde actuel, après le décès de sa fille, de son époux et de son frère. Le monde d’Helena – petite-fille d’un grand propriétaire terrien de Flandre française et fille d’un négociant flamand de Gand – est celui de la Belle Époque, à la lisière de deux pays et de deux langues. À la veille de la Première Guerre mondiale, elle part avec sa mère et son frère passer les vacances d’été dans la famille de sa mère – ce séjour en France durera toute la guerre. Le théâtre de la destruction devient, pour Helena, le théâtre d’une initiation sexuelle et d’une libération personnelle.
Écrit dans la langue sensuelle, lyrique, et poétique qui constitue la petite musique d’Erwin Mortier, Sommeil des dieux est la description de l’étrange contradiction, presque surréaliste, qu’offre la guerre : orgie de violence gratuite, absurde, mais aussi, de manière perfide, spectacle sublime d’un gigantesque feu d’artifice. Il émane de ce récit empli de non-dits un charme et une fascination jamais morbides. »

# Date de Parution : 01/09/2010

# Collection : « Littérature étrangère »

# Prix public : 22,00 €

# Code ISBN / EAN : 9782213643960

# Nombre de pages : 378


On pourra également consulter : 

Le blog d'Erwin Mortier (en flamand, sauf quelques bribes en anglais, mais c'est une langue qu'on peut en partie "intuiter" avec des bases en anglais et/ou en allemand).

Le dossier paru dans Libération (critique et interview) à l'occasion de la sortie de Ma Deuxième peau, entre autres analyses glanées sur internet.

Par Joannic Arnoi - Publié dans : Livres et écrivains
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Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /Juin /2010 15:05

Toby-Regbo-1.jpg J'ai lu aujourd'hui sur l'excellent site Band of Thebes (au 29 mai 2010) qu'une adaptation cinématographique de Someday, This Pain Will Be Useful To You (Un jour cette douleur te servira) de Peter Cameron était prévue, dirigée par le cinéaste italien Roberto Faenza (tournage cet été). Dans le rôle de James Sveck, un acteur britannique de 18 ans dont je n'avais encore jamais entendu parler, Toby Regbo, qui paraît-il joue le rôle de Dumbeldore jeune dans l'adaptation de Harry Potter et les reliques de la mort. Ce garçon est fort mignon. J'espère qu'il est aussi bon acteur...


Roberto-Faenza2.jpg Je n'ai jamais entendu parler du réalisateur non plus (il faut dire que les films italiens distribués en France ces dernières années sont rares, et souvent très médiocres). C'est en allant sur IMDb que j'ai découvert que Roberto Faenza avait une filmographie riche de 14 titres depuis 1968 et qu'il était universitaire par ailleurs (est-ce de bon augure ?). Faut-il imaginer une version "internationale chic" de ce livre tellement new-yorkais (aïe!), ou quelque chose de plus personnel, et éventuellement biscornu, comme Michel Blanc relisant Une petite zone de turbulences d'après le so british Mark Haddon ?


En tout état de cause, et comme d'habitude, je demande à voir... C'est devenu un passage obligé que de passer les livres à la moulinette du cinéma. Pourtant, le taux de réussite n'est pas très élevé dans cet exercice, souvent laborieux. On pourra toujours arguer que cela donnera une audience nouvelle au superbe livre de Peter Cameron. Voire?


Dans un esprit d'escalier, je me suis demandé si le team hollywoodien responsable de l'adaptation du dernier Harry Potter avait eu l'audace de signifier (ou au moins de suggérer) l'outing fracassant (mais un peu rétrospectif) de Joan Rowlings après la sortie du livre, quand elle avait annoncé qu'Albus Dumbeldore était gay (bien malin celui qui s'en rendrait compte en lisant le livre...). Je suis assez pessimiste.

Par Joannic Arnoi - Publié dans : Billet
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Lundi 24 mai 2010 1 24 /05 /Mai /2010 00:49

 

Par Joannic Arnoi - Publié dans : Billet
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Vendredi 21 mai 2010 5 21 /05 /Mai /2010 22:57

Depuis aujourd'hui est lancé le site C'est comme ça. Je ne vais pas me perdre en commentaires. L'idée, c'est d'apporter un soutien à tous les jeunes LGBT qui se sentent isolés, rejetés, sans repères, et de fournir une information aussi large que possible à un public adolescent "autour" de 15 ans (la fourchette peut être large).  Si d'aventure vous trouvez le projet intéressant ou si vous connaissez des adolescent-e-s que ce site pourrait intéresser ou aider, n'hésitez pas à transmettre l'information. Le communiqué de presse de SOS homophobie reprend pour bonne part un texte d'intention rédigé préalablement. Ce dernier est un peu écrit en "universitaire", mais il est assez fidèle à l'intention et à la somme de lectures, réflexions, échanges qui ont présidé à notre travail. Je l'ai publié ici à ce titre.

Sur le présent blog, effort d'une seule personne, c'est l'occasion pour moi de répéter tout le prix du travail collectif. Ce qui a été réalisé sur le site C'est comme ça, aucun individu ne saurait le réaliser seul. C'est la synergie de sensibilités différentes, le lent travail d'élaboration à plusieurs, les corrections réciproques, qui font le prix du résultat final. Et puis il y a un autre aspect, non négligeable : on se sent tellement moins seul ainsi ! Notre époque met tellement en avant les individus qu'elle en finit par oublier combien un projet s'enrichit et gagne en cohérence quand il est le fruit d'une élaboration collective. Pas la peine d'en rajouter.

Par Joannic Arnoi - Publié dans : Billet
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Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /Mai /2010 00:44

 

Franck Secka, À pic, éditions Thierry Magnier, 2002.

 

secka_2.jpg Pour les besoins du projet C'est comme ça, j’ai été amené à relire récemment de nombreux livres jeunesse à thématique LGBT. L’exercice m’a fait revivre mes premières découvertes, dans les années 2003-2004. Dans certains cas, j’ai été déçu par rapport à mon expérience initiale (ça a été le cas pour le Cahier rouge de Claire Mazard), dans d’autres j’ai reconsidéré un souvenir mitigé (J’ai pas sommeil de Cédric Érard — que j’avais lu trop vite et sur lequel j’aimerais faire un post élaboré). Et puis il y a cette valeur sûre qui a traversé les années : À pic de Franck Secka, découvert en juillet 2003, et qui m’avait propulsé derechef dans Le Garçon modèle, roman « adulte » du même.

Cette relecture m’a permis de confirmer une intuition : Franck Secka a vraiment une très belle plume, une authentique maestria d’écrivain, qui peut tout se permettre. En particulier, À pic est complètement bluffant. Sous la forme d’une remémoration, adressée en guise d’envoi à un-e destinataire surgi-e de nulle part, il y raconte les premiers émois d’un garçon à peine sorti de l’enfance (et dont l’âge n’est jamais fixé), à la fin des années 1970. La coïncidence avec la date de naissance de l’auteur (né en 1965) n’est peut-être qu’un attrape-nigaud (ou pas).


Dès les premières lignes, Jean, le narrateur d’À pic, plante le décor :

C’était il y a longtemps... En 1977. À cette époque, une professeur d’anglais du lycée de mon frère réunissait chaque année une cinquantaine d’adolescents pendant les vacances de Pâques ; avec l’accord de leurs parents (ainsi qu’une somme d’argent proportionnelle au dérangement), elle les emmenait skier à Thal dans les Alpes suisses. Mon frère faisait partie de ce groupe pour la troisième année consécutive et, quoique je sois de cinq ans son cadet, je m’étais chaque fois plaint de ne pas partir avec lui. (p. 11)

 

Âgé d’une douzaine d’années à l’époque (à ce que l’on devine), Jean est pour la première fois du voyage cette année-là. Il part, encore un peu petit garçon, manifestement peu dégourdi, pour ce qui va être une expérience initiatique. Chaque moment saillant est raconté avec un mélange de jeu sur le genre éculé du récit de vacances et de truculence. Très conscient de lui-même et des codes de popularité, il glisse sur les événements pour se composer un personnage de mascotte cool. C’est néanmoins par une succession de bévues qu’il retient l’attention du groupe : il chute à ski, s’égare dans la ville d’à côté, frôle l’accident lors d’une soirée de griserie... Il sympathise plutôt avec les filles, s’il n’y avait Samuel, un garçon légèrement plus âgé que lui, objet d’une fascination que le narrateur, dans un premier temps, effleure et distille. Avec la montée d’un intérêt réciproque chez Samuel, Jean se découvre peu à peu, la narration suggérant avec un bonheur rare la mue progressive de ce qui était au départ une attirance vague en quelque chose de nettement plus fort.


Écrit dans une langue alerte et délurée, À pic est une très grande réussite, en particulier dans sa façon de montrer comme incidemment la découverte des sens et le désir d’un garçon… pour un autre garçon. Le narrateur arrive à suggérer le mélange de pudeur et de franchise d’un préadolescent pour lequel des sensations confuses peu à peu s’ordonnent, trouvent des mots, faisant brusquement rupture avec l’enfance. Ultra rythmée et très orale au début, la langue devient plus lente et poétique à mesure que le roman s’approche de son terme, épousant l’humeur changeante du personnage. Là est sans doute l’un des indices les plus probants de la maestria que j’évoquais : dans cette façon de faire coulisser des registres, depuis la légèreté aérienne du début, farceuse et connnivente, jusqu’au goût de cendres des derniers chapitres. Et malgré la jeunesse de Jean, il n’y a pas d’âge pour s’identifier à l’expérience qu’il traverse.

 

J'aimerais détailler davantage l'analyse. J'avais envisagé de créer une page annexe à cet effet, afin de ne pas dévoiler en première intention le chemin accompli par Jean. Une autre fois ?

Par Joannic Arnoi - Publié dans : Livres pour adolescents
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Samedi 8 mai 2010 6 08 /05 /Mai /2010 13:57

Après dix mois de silence (ou presque), j'espère pouvoir consacrer davantage de temps à ce blog. L'une des raisons principales de mon mutisme est que j'étais occupé à un autre projet, collectif, et dont je parlerai bientôt. C'était ma priorité. Les choses prenant enfin tournure, j'aurai davantage de temps libre (?).

Bien sûr, je suis désolé pour toutes ces visites dont vous êtes revenu-e-s bredouilles. Mais il faut quand même replacer les choses dans leur contexte : toute cette activité, offerte à titre grâcieux, dévore énormément de mon temps libre. Les posts de ces derniers mois me demandaient toujours davantage de travail : relectures multiples (des livres chroniqués), réécritures (incessantes), exigences sans cesse accrues... Il est arrivé un moment où mener cette activité en parallèle avec ma vie de famille, mon travail, mes activités militantes, etc., est devenu presque impossible. En plus, je ne pouvais plus lire un livre sans me préoccuper de ce que j'allais en dire, au risque de perdre le plaisir simple de l'activité de lecture elle-même. 


Peck SproutA l'été dernier, j'ai lu un nombre important de romans pour la jeunesse à thématique gay en anglais, dont certains auraient incontestablement leur place ici. Je pense en particulier au merveilleux Sprout de Dale Peck et à l'hilarant The Screwed-up Life of Charlie the Second de Drew Ferguson.  Et puis il y a l'autre choc de ce s derniers mois, ferguson1.jpgle roman Lake Overturn de Vestal MacIntyre, découvert grâce au site Band of Thebes (qui est une véritable mine pour moi). Ce roman, dans la lignée de Dos Passos, est un monument. Mais le problème crucial, quand vient le moment de rédiger un texte sur un livre de ce genre, ce sont mes exigences toujours plus dévorantes, par rapport à ce que je vais écrire et à la précision des analyses, qui m'intime au minimum de relire.  Avec le temps, c'est devenu presque aussi contraignant que mon activité de lecteur/critique professionnel (ce qui est un peu normal, d'un autre côté).

McIntyre lake overturn

Il y en aurait tant d'autres romans à évoquer, lus entre juillet et mars dernier, parfois encore très présents, parfois déjà tout brumeux dans ma mémoire. Il faut dire qu'ils ne présentent pas tous le même intérêt. J'ai néanmoins référencé tout ce que je pouvais dans la page qui fait l'inventaire des romans LGBT en anglais pour la jeunesse. Je ne promets rien, question recension. Les voici par ordre alphabétique :

 

Nick Burd, The Vast Fields of Ordinary. New York: Dial Books, 2009.

Michael Thomas Ford, Suicide Notes. New York: Harper teen, 2008.

Rigoberto Gonzalez, The Mariposa Club. New York: Alyson Books, 2009.

Michael Harmon, The Last exit to Normal. New York: Alfred A. Knopf, 2008.

Blair Mastbaum, Clay's Way. Los Angeles: Alyson Books, 2004.

Walter G. Meyer, Rounding Third. MaxM Ltd, 2009.

Frank Mosca, All-American Boys. Boston, Alyson publications, 1983.

Frank Anthony Polito, Band Fags! New York, Kensington Books, 2008.

P.E. Ryan, In Mike We Trust. New York: Harper teen, 2008.

Emily Wing Smith, The Way He Lived. Woodbury: Flux, 2008.

William Taylor, The Blue Lawn. Auckland: Harper and Collins New Zealand, 1994.

William Taylor, Pebble in a Pool. Los Angeles: Alyson Books, 2003.

Diana Wieler, Bad Boy.Toronto: Douglas & McIntyre, 1989.

Martin Wilson, What They Always Tell Us. New York: Delacorte Press, 2008.

 

Ce sera tout pour aujourd'hui, mais ce n'est pas faute d'avoir d'autres sujets à évoquer...

Par Joannic Arnoi - Publié dans : Billet
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Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /Sep /2009 10:59
Par Joannic Arnoi - Publié dans : Musiciens
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Vendredi 21 août 2009 5 21 /08 /Août /2009 19:09

Jérôme Lambert, Tous les garçons et les filles, L’école des loisirs, « Médium », 2003.


Une relecture


C’est un titre qui rappelle une ritournelle de Françoise Hardy, « Tous les garçons et les filles de mon âge / Se promènent dans la rue deux par deux / Tous les garçons et les filles de mon âge / Savent bien ce que c’est qu’être heureux… ». Mais, après tout, comme la chanson a pris de l’âge et ne parle pas à tout le monde, ce pourrait être ramené à une simple image incarnant une règle universelle, un modèle commun, d’une évidence telle qu’il ne pourrait en aller autrement, « tous les garçons et les filles... se doivent d’aller deux par deux ». En l’occurrence, au regard de l’histoire qui suit, l’ironie du titre est amère, plus amère que la chanson.


Julien Lemeur, seize ans, entre en seconde et le livre nous accueille par quelques phrases suspendues en une épigraphe :

J’ai tout de suite vu que quelque chose clochait dans ce lycée.

Je ne sais pas pourquoi.

Sans doute l’intuition masculine.

 

Le piège était tendu et j’allais tomber dedans.

Un jour ou l’autre.

 

La suite prouvera que j’avais partiellement raison.

Ces phrases sont curieusement découpées. Elles résonnent avec un mélange de fatalisme un peu lourd et de malice discrète (si on n’y prend pas garde). Tout à fait le ton de Julien, narrateur qui oscille entre ironie et déprime, et qui en dit le plus par ce qu’il tait aux autres.

Une existence où bien des choses se répètent et dont on saura peu : déjeûners du mercredi au restaurant avec le père, fragments de dîners avec la mère (les parents sont divorcés), insomnies, migraines, phobie des cours de sport... La parole de Julien est laconique et acide. Tous les garçons et les filles va au gré de son année de seconde, de bout en bout, une année de révélations, en quelques moments intenses, entrecoupés par de longues accélérations dans le temps. La rentrée a une place de choix, on saute ensuite à pieds joints dans le trimestre et c’est déjà Noël, puis survient un long et pesant week-end de Printemps, au milieu du roman, puis un jour de pluie, le dernier des vacances de Pâques, et enfin (ou presque) un intense séjour à Barcelone, sous le soleil de mai.

De gré à gré, Julien s’arrête, résume, sélectionne, mais c’est très peu rétrospectif. On est avec lui dans les tâtons de ce tournant de vie. Au total, il en demeure 111 pages ténues, d’une retenue, d’une sobriété bouleversantes.

Comme en passant, dès la cinquième page, Julien parle déjà de Clément :

[…] À part ça, tout le monde se tient à carreau.

Surtout lui, devant, avec sa grande nuque et son col de chemise impeccable. Lui, en revanche, n’a adressé la parole à personne, ce qui me le rend d’emblée sympathique. Personne ne le connaît et il ne connaît personne. Un garçon aussi silencieux et calme, aussi perdu que moi, ne peut être qu’un ami. En tout cas un allié. [p. 12]

Ce soir de rentrée, devant sa mère, il hésite et rumine des mots qui ne sortent pas de sa bouche, désir de dire et, peu après, un renoncement :

Ah si, il y a un type très beau devant moi, il a l’air sympa, sans doute un nouveau.

— Et toi, tu es près du radiateur ?

— Mais non ! Je suis sur le côté, près d’une fenêtre.

Non, décidément mon voisin de devant n’est pas un événement digne de figurer au rapport ce soir. [p. 17]

Ainsi va Julien, qui voudrait « devenir le meilleur ami de Clément Renaud », mais qui s’y entend de façon tragi-comique pour tout faire capoter : « Je suis un garçon qui fait l’inverse de ce qu’il veut vraiment » reconnaît-il un peu plus loin (p. 27). Au fur et à mesure que les heures et les jours passent, son récit enregistre des choses, des gestes de Clément (dès la page 24), mais lui ne semble remarquer que ses propres erreurs, ses reculades, quand il fait le « bégueule ».

Augurant du procédé du livre suivant de Jérôme Lambert, Meilleur ami, quelque chose s’insinue entre ce que le héros-narrateur pourrait comprendre et ce qu’il saisit réellement. Cet écart est à la fois drôle et terriblement pathétique, surtout dans le cas de Julien, au point qu’on pourrait le croire aveugle si on ne voyait pas tout avec ses yeux à lui !

Clément s’économise, parle peu. On ne peut pas dire que je suis devenu son meilleur ami, mais nous échangeons, essentiellement des cigarettes et des sourires.

Au lieu de parler, on se regarde pour commenter en silence la conversation en cours. Nous avons mis au point une sorte de lexique muet… [p. 37]

L’humour est surtout porté par la voix de Julien, son mélange de détachement feint et de politesse désespérée, tandis que le pathétique vient comme à son insu. La lézarde dans sa carapace se fissure lentement, avivée par les nuits trop courtes et une détresse d’autant plus aiguë qu’elle se dit sur le mode de l’autodérision.

Comme me l’a dit une fois Romain en quatrième, les garçons, en général, c’est con. En général et dans l’absolu, avait-il dit. Son conseil avait été de fermer sa gueule, de ne faire, face à la connerie, que de la résistance passive. [p. 40]

… Suit une conversation avec un « très bon copain », dialogue de sourds où se dit pour le lecteur tout ce que Julien comprend et condamne au silence, la logique de son orbite, sortie d’un système hétérocentrique où « tous les garçons et les filles /savent bien ce que c’est qu’être heureux » (comme dit la chanson) ou devraient le savoir, en tout cas. Toute la force de ce roman est de donner à sentir, par des non-dits, ce qu’éprouve un garçon qui se sent obligé de cacher qu’il en aime un autre, et qui perçoit la cruauté de la norme. Pas de long discours, mais des situations, et Julien qui subit, encaisse, renonce. Jusqu’à quel point ?

 

[En dire plus, ce serait gâcher le plaisir de celles et ceux qui n’auraient pas lu le roman et en formeraient le projet. J’insère ici une photographie de l’auteur. Les quelques analyses situées en dessous sont destinées à un lecteur qui connaît déjà l’histoire ou qui n’a pas l’intention de la lire.]



 

Dans une interview en ligne, datant de 2007, Jérôme Lambert exprime très clairement une intention capitale du roman :

J'ai également, pour ce livre, voulu remplir un vide éditorial. En littérature [jeunesse], les livres abordant l'homosexualité sont tous écrits d'un point de vue externe. Ce sont toujours les proches qui racontent l'homosexualité d'un(e) autre (un père, un frère, un oncle, un cousin, un ami...). Avec ce roman, je voulais parler de l'homosexualité à la première personne, ce que ressentent les jeunes quand ils se découvrent homosexuels.

De fait, à la parution de Tous les garçons et les filles, en 2003, il n’y avait guère de précédents : sans compter La danse du coucou (passée inaperçue), je ne vois que Macaron citron (histoire de filles assez didactique) de Claire Mazard (2001) et À pic de Franck Secka, paru en 2002. Différence notable, le narrateur-héros d’À pic est bien plus jeune (il a une douzaine d’années). En outre, ce dernier roman se présente sous la forme d’une remémoration (l’histoire se passe en 1977).

Cette limite posée, mon réflexe spontané est effectivement d’acquitter, en tout cas pour ce qui est des garçons, ce caractère inaugural de Tous les garçons et les filles (mais c’était il y a seulement six ans !). D’ailleurs, j’ai relu le livre avec cette idée en tête : le premier roman-jeunesse français raconté par un garçon adolescent et homo. Ce serait réducteur de le réduire à cela, mais ça n’en demeure pas moins important. L’un des rares aussi à se coltiner la figuration de l’homophobie, à travers le personnage tête-à-claques de « Roussier », même si Julien (et Jérôme Lambert) ne nous en disent pas non plus énormément.

L’une des choses que le livre exprime le mieux, donc, est le porte-à-faux permanent du personnage face aux situations amoureuses où l’on attend de lui, comme une évidence, des inclinations qui ne sont pas les siennes, et son aspiration implacablement bridée à dire ce qui le bouleverse :

Non, Papa, je ne peux pas te parler de Clément, je ne pourrai jamais. Tu ne pourrais pas entendre ça. Tu ne comprendrais pas que je veuille devenir son meilleur ami, l’ami qui sait tout, à qui il confie tout. Et puis, tu n’as jamais regardé cet endroit de la peau d’un garçon, entre sa nuque et son col de chemise. [p. 31]

Dans mon enthousiasme, à l’époque, j’avais lu dans la foulée le très réussi premier roman pour adultes de Jérôme Lambert, La Mémoire neuve. Mais je ne me souvenais pas que les deux livres partageaient le même héros. Pourtant, l’auteur le précise lui-même dans l’entretien déjà cité :

En 2002, pendant que j'écrivais La Mémoire neuve (paru « pour adultes » aux Éditions de L'Olivier), j'ai eu le sentiment de devoir raconter le passé de Julien, le narrateur, d'expliquer mon personnage. C'est ainsi que j'ai commencé à écrire Tous les garçons et les filles, l'histoire de Julien et de son éveil à son homosexualité.

Les deux livres forment une sorte de diptyque, complété par Meilleur ami, deuxième roman pour la jeunesse paru en 2005 dont le narrateur, pour le coup, n’a même pas encore saisi qu’il aimait un garçon (à la différence des lecteurs perspicaces). Il faut dire qu’il a un an de moins (il est en troisième). On ne sait même pas son prénom (façon de laisser à chacun le droit de faire le lien ou non avec Julien ?). Meilleur ami présente un aspect plus serein et plus joueur que Tous les garçons et les filles. Plusieurs lecteurs/lectrices de ma connaissance n’avaient d’ailleurs pas relevé le jeu de symétrie par lequel Jérôme Lambert nous fait comprendre malicieusement ce qu’il en est. Et même s’il a laissé ouverts tous les possibles : « Avec Meilleur ami, j'ai tout simplement voulu évoquer la naissance du sentiment amoureux à l'adolescence : l'éveil à l'amour mais également la perception de ce sentiment. »

 

Pour en revenir à Tous les garçons et les filles, je pense avoir à peu près exprimé le travail tout en délicatesse et en effleurements de Jérôme Lambert. Le propos de Julien est complètement explicite et en même temps pudique. Sa façon de parler de Clément, de la façon dont celui-ci finit par forcer ses réserves, masque autant qu’elle montre. D’aucuns pourraient regretter tout ce qu’il y a de ténu dans le dit, mais je trouve qu’il en va plutôt d’un respect profond pour le personnage, ce qu’il rend possible et ce qu’il s’interdit. Cette fidélité (contrebalancée par tous les côtés obtus ou immatures de Julien) est un aspect très émouvant du livre, en même temps qu’un regard juste sur l’adolescence et ses désajustements permanents.

Un très beau livre que je suis heureux d’avoir enfin relu.

Par Joannic Arnoi - Publié dans : Livres pour adolescents
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