Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mark Behr, brièvement

Au cours de ces dernières années, j'ai lu nombre de livres formidables, mais je ne venais plus faire de chroniques ici. La plupart, je les ai lus en anglais, pour diverses raisons. Je n'ai absolument pas le temps de parler d'eux en détail. Je ne veux plus m'avancer sur la perspective d'une future notice (tant de fois elles sont restées lettre morte) alors je déblaie un peu

 

L'une de mes révélations majeures a été l'écrivain sud-africain Mark Behr (1963-2015), qui n'a publié que trois romans avant sa précoce disparition. Je les ai lus tous les trois en 2016 : The Smell of Apples (1995, trad. L'Odeur des pommes), Embrace (2000, non traduit) et Kings of the Water (2009, trad. Les Rois du paradis). Formellement très inventifs, ses livres sont remplis de trouvailles, qui pour certaines ont pu rebuter des lecteurs du monde anglophone (raison pour laquelle son deuxième livre, sans doute le meilleur, a eu peu de succès). L'un de ses dadas était de fragmenter la narration, de mélanger les plans temporels, les langues, etc. Pour autant, ses livres sont loin d'être hermétiques et ils disent aussi beaucoup sur l'Afrique du Sud d'avant l'apartheid. Le sujet n'est certes pas original, mais il est inépuisable. La culpabilité, l'ambiguïté et le malaise traversent ses livres, sachant que le positionnement politique de M. Behr dans sa jeunesse a donné lieu à une controverse rétrospective. Plus spécifiquement, ses deux derniers romans labourent la question de l'adolescence blanche homosexuelle dans l'Afrique du Sud des années 1970 et 1980 - sujet également traité par Michiel Heyns dans The Children's Day (2002). L'Odeur des pommes (écrit d'abord en afrikaans) parle d'enfants trop jeunes pour que ce soit central, mais le livre est construit autour d'une révélation abominable qui renvoie à la culture du silence de la société afrikaner et à son masculinisme. Ici comme ailleurs, M. Behr juge peu, il donne à voir, et le spectacle n'est pas joli joli.

Embrace reste mon préféré. Bildungsroman semi-autobiographique éclaté et dévoyé, récit de l'apprentissage de l'hypocrisie et de la lâcheté, il relate les successifs dépaysements de Karl de Man, à travers des allers et retours incessants dans les quatorze premières années de sa vie. Roman familial, animalier (les bêtes et insectes y occupent une place décisive), paysager, il a pour toile de fond la déchéance progressive d'une famille d'anciens fermiers du Mozambique et les initiations contrariées d'un garçon plongé à l'âge de 11 ans dans un pensionnat musical dont la chorale de garçons fait des tournées dans le Monde. Là, il développe une relation amoureuse avec Dominic Webster, sorte d'antithèse de lui-même, aussi loyal, out et antiraciste que Karl peut être dissimulateur, déloyal et ambigu ; Karl a d'ailleurs aussi une relation torride avec l'un de ses professeurs, plus une petite-amie dans la ville de ses parents... Le livre est une peinture extrêmement subtile de la société sud-africaine, de ses divers motifs racistes et homophobes. Il fourmille de personnages secondaires intéressants et de moments poétiques. Pour y revenir, il faudrait que je relise ses 590 pages très denses... Pareil pour Les Rois du paradis, qui "élargit" la perspective historique mais demeure assez largement une "saga" familiale.

 

Voir les commentaires

Heartstone, un été islandais (Hjartasteinn) de Guðmundur Arnar Guðmundsson

Heartstone, un été islandais (Hjartasteinn) de Guðmundur Arnar Guðmundsson (2016), avec Baldur Einarsson (Thor), Blær Hinriksson (Kristján), Diljá Valsdóttir (Beta), Katla Njálsdóttir (Hanna), Jónína Þórdís Karlsdóttir (Rakel), Rán Ragnarsdóttir (Hafdis)

 

C’est l’été dans un petit village islandais éloigné de tout. Les jeunes du village s’ennuient et tuent le temps de manières diverses. Ils forment une contre-société à l’écart du monde des adultes dans une liberté toute relative. Þór (Thor) et Kristján n’ont visiblement pas le même âge, ou en tout cas le même niveau de maturité, mais ils sont inséparables. Le premier est encore impubère, ce qui le contrarie visiblement. Les autres ne cessent de les asticoter sur leur proximité, assimilée à une relation homosexuelle. Le sujet est par ailleurs assez tabou et mal accepté dans un monde où la réputation est très importante. D’ailleurs, le père de Kristján (alcoolique et violent) a tabassé un autre père de famille dont il avait découvert l’homosexualité, précipitant le départ de ce dernier pour Reykjavik, la lointaine capitale. La pression sociale s’exerce sur les garçons, incités à fréquenter les filles et à flirter avec elles. Kristján semble lui-même encourager Þór à se rapprocher de Beta, une fille de son âge, éternellement flanquée de son amie Hanna.

 

La vie n’est pas facile dans ce bout du monde. Les couples se séparent, l’alcool est souvent un refuge, la violence omniprésente. Le père de Þór est parti, laissant leur mère en charge de ses trois enfants, et pourtant désireuse de continuer à avoir une vie de femme, au grand dam de ses filles. Les relations entre les quatre membres restants font des montagnes russes. Rakel, la grande sœur, est particulièrement féroce avec les autres, tandis que Hafdis a trouvé une échappatoire dans le dessin et les poèmes (macabres et un peu ridicules). Elle aime particulièrement faire des tableaux homoérotiques prenant modèle sur son frère et Kristján, avec leur concours résigné. Bien sûr, ils n’aimeraient pas qu’ils soient divulgués à quiconque, en particulier Þór, très soucieux de normalité.

Hjartasteinn est un film magnifique, à la fois picturalement et émotionnellement. Avec ses teintes d’abord très vives et lumineuses puis qui s’estompent peu à peu, son espace qui se rétrécit, son ciel de plus en plus bas, le film réussit à donner substance à la métaphore visuelle d’une société enfermée dans ses conservatismes. Il mélange le hiératisme de la nature islandaise et des traits de fresque sociale qui jamais n’appuie ou ne tombe dans le didactisme, préférant suggérer plutôt que souligner à gros traits. Le réalisateur a réussi à faire varier de manière organique les humeurs changeantes de son microcosme, qui passe insensiblement d’une émotion à une autre, entre farce, colère, tristesse, amour, drame, etc. L’absence de voix off ou de procédés subjectivants conserve aux personnages une large part d’opacité. Très largement centré sur Þór durant les deux premiers tiers du film, celui-ci ouvre ensuite des fenêtres sur la condition de Kristján, qui conduisent au climax presque tragique de l’œuvre, avant de revenir à Þór. La fin est très ouverte, sans happy end ni sinistrose : on y voit un poisson rejeté à la mer par un enfant, on pourrait le croire mort, et pourtant il reprend vie et s’éloigne… Après la bande-annonce (je suis un peu dubitatif sur ses effets), vous trouverez quelques éléments qui sont susceptibles de divulguer un peu trop pour celles et ceux qui souhaiteraient voir le film.

 

 


 

Bien que très naturaliste (à plusieurs titres) dans sa texture et ses choix filmiques, Hjartasteinn est loin de s’y réduire, de même qu’il évite tout fatalisme. La société qu’il dépeint avec retenue a beau être passablement rigide, elle vit un tournant dans lequel les femmes, très fortes, jouent un rôle essentiel. C’est d’elles que vient l’affranchissement, à l’image de Hafdis, la sœur très gay-friendly de Þór. Cela ne va pas sans tâtonnements : d’une maladresse de cette dernière, encourageant Kristján à vivre sans honte une homosexualité supposée, procède le geste désespéré de ce dernier, qui découvre en même temps que Þór est parti voir Beta alors qu’il avait refusé de lui parler après la découverte par des voyous d’une œuvre de sa sœur les représentant tous les deux en amants enlacés et maquillés.

Film gay ? Ce serait aller vite à la besogne, d’autant que le cinéaste a récusé dans ses interviews que l’on puisse ainsi qualifier la relation entre les deux (pré-)adolescents. Il y a certes de l’amour entre eux, mais il passe essentiellement par des gestes fugitifs et comme volés. Si la nature des sentiments de Kristján est relativement claire, comme le manifestent maints indices, le cas de Þór est beaucoup plus ambigu, tant aussi son conformisme enfantin est plus marqué. En revanche, l’homophobie joue un rôle très prégnant dans le film. Elle s’incarne très fortement dans la figure du père de Kristján, filmé lors d’une brève séquence en train de surveiller subrepticement les gestes des deux garçons. Face à cela, les figures de femmes, de sœurs et de mères sont nettement plus compréhensives, voire incitatives. Mais au-delà de ce « sujet brûlant », c’est toute l’économie morale de cette micro-société qui tourne autour de la question plus large de la réputation, qui donne lieu à une scène particulièrement dure lors de laquelle Rakel frappe sa mère après lui avoir hurlé sa réprobation pour ses aventures avec des hommes du village. Pour autant, Hjartasteinn se départit d’un point de vue moral sur cette moralité de façade, et c’est l’une de ses nombreuses forces que d’être d’une empathie à toute épreuve.

 

Voir les commentaires

Skippy dans les étoiles de Paul Murray

Murray-Skippy-dans-les-etoiles.jpgPaul Murray, Skippy dans les étoiles [tr. fr. Robert Davreu], Belfond, 2013.

[Paul Murray, Skippy Dies, Dublin: Hamish Hamilton, 2010]

 

Á bien des égards, le livre dont j'entends parler dans ce billet pourrait ne pas concorder avec la thématique d'un blog gay (quoique...). Et pourtant, depuis l'été dernier, moment où j'ai lu Skippy Dies, cela fait partie de mes envies rémanentes que d'en dire deux mots ici. Si je reste fidèle à ma règle, qui est de ne pas dévoiler les tenants et les aboutissants de l'intrigue des livres, je ne devrais pas en dire davantage sur la pertinence ou non de chroniquer Skippy ici néanmoins. Il importe en revanche de préciser que je n'ai pas lu la traduction de Robert Davreu et ne pourrai donc rien en dire. En revanche, elle me fournit un excellent prétexte, ne serait-ce que pour dire ma satisfaction de voir ce livre traduit (je me suis au demeurant dit maintes fois que ce serait bien qu'il le soit).

 

Le titre anglais est beaucoup plus frontal : Skippy meurt. En effet, le roman s'ouvre sur une scène à la fois terrible et drôle. Daniel "Skippy" Juster et Ruprecht Van Doren ont rejoint le Ed Doughnut House où Ruprecht a l'habitude d'engloutir des quantités industrielles de beignets. Mais Skippy a un comportement inhabituel : il tombe de sa chaise et demeure allongé par terre, secoué par des spasmes. Avant Ruprecht et le lecteur, c'est le serveur qui va réaliser qu'il se passe quelque chose. Mais au bout du compte et de quelques gestes vains de secourisme, Skippy a cessé de respirer, après avoir murmuré à Ruprecht : "dis à Lori que je l'aime". La scène se clôt peu après, assez mystérieuse et indécise en l'état.

La narration revient ensuite quelques semaines en arrière, dans les murs du Seabrook College de Dublin, une institution d'enseignement catholique pour garçons de la bonne société irlandaise. Elle suit en parallèle plusieurs groupes de personnages, alternant les scènes chorales, très dialoguées, et des focalisations plus intimistes. Le personnage que Paul Murray suit le plus assidûment est Howard "the coward" Fallon, un professeur d'histoire trentenaire au passé douloureux, fréquemment malmené par ses élèves. En face de lui, la classe de Skippy fournit un beau florilège d'adolescents de quatorze ans : Ruprecht, obèse graine de savant illuminé, passionné de physique; Dennis Hoey, "cynique" patenté à la jugeote redoutable ; Mario Bianchi, obsédé sexuel au verbe truculent ; Geoff Barrow, rêveur aimable... Quant à Skippy, héros en sursis et comme en pointillés, il ressort assez peu au milieu de ses amis hauts en couleurs. Tout petit, effacé, il tire son surnom du bruit que font ses dents proéminentes dans certaines occasions, semblable à celui du célèbre kangourou de la série australienne.

Il y a bien d'autres personnages marquants : des filles du pensionnat voisin de Saint-Brigid, à commencer par Lori, l'amour obsessionnel de Daniel "Skippy" ; Carl, l'effrayant "double" de Daniel, brute et dealer qui terrorise tout le monde, par ailleurs fêlé et lui aussi obsessionnellement amoureux de Lori ; des enseignants de Seabrook, telle l'énigmatique professeure de géographie Aurélie MacIntyre (dont la présence est un mirage), le glacial Father Green (que les potaches appellent le Père Vert), tourmenté par un passé africain sous le signe du diable ; le principal Greg "the automator" Costigan, effrayant parangon de gestionnaire d'école privée, obnubilé par des problèmes de réputation et de tactique ; et tant d'autres qu'il serait fastidieux de lister plus avant.

 

Le livre a un fonctionnement choral, circulant d'un personnage à l'autre, suivant une technique inventée par Dos Passos et qui s'est un peu banalisée depuis. Son usage dans Skippy est en revanche complètement approprié, car c'est de l'écart des points de vue que naît toute la saveur, et en même temps l'épaisseur sociale, de la satire très sombre que nous propose Paul Murray. Á l'exception notable d'Howard, les personnages sont assez peu dans la dénonciation de cette école, il n'y a donc guère de discours critique. C'est le tableau qui est accablant : sous sa façade d'établissement modèle, se dissimulent (mal) des fonctionnements particulièrement pervers. Le lecteur est emporté dans une lente dégringolade, qui frappe à la fois les personnages et le cadre. Et pourtant, jusque dans les situations les plus sinistres, l'auteur multiplie les trouvailles humoristiques, des traits d'esprit de Dennis Hoey aux scènes de bravoure (la boum d'Halloween, le concert pour les 140 ans de l'école, les expériences de physique de Ruprecht).

Il y a une dimension moraliste dans la façon dont l'auteur dissèque les failles de ce microcosme social sans en avoir l'air, jouant savamment du contrepied aux attentes du lecteur, pour mieux asseoir le caractère accablant (bien qu'implicite) de sa critique. Skippy est un livre qui dit une révolte profonde contre la négligence et l'oubli, à l'image du sort d'un bataillon d'engagés irlandais qui périrent comme de la chair à canon à Gallipoli en 1915 et dont la mémoire est honnie en Irlande car ils étaient au service de la couronne anglaise - un événement qui est comme en miroir de bien des détails du livre.

Mais la qualité la plus saillante de ce fort volume est sans doute son extrême densité. Le cadre est fort restreint (une troupe d'enfants et quelques "pédagogues" vivant partiellement en vase clos - téléphones portables mis à part - dans un vieux pensionnat au cœur de Dublin), la période de temps limitée (quelques mois). Avec ce cadre et des matériaux a priori ténus, l'auteur réussit à faire vivre des existences, des caractères et des voix particulièrement frappants et vivants. Chaque page condense un matériau très riche, dissémine des indices qui seront repris plus tard ou s'avéreront des fausses routes. Il y a un jeu avec les codes de nombreux genres (thriller, policier, science fiction, fantastique, trip lysergique, etc.), même si le tout est implacablement réaliste.

Demeure une peinture particulièrement aiguë, sensible et diverse d'adolescences d'aujourd'hui. Il suffit de quelques mots ou phrases au portraitiste Murray pour faire exister certaines figures secondaires. Même les personnages les plus répugnants, comme Carl ou Lionel, sont saisis dans leur ambiguïté fondamentale, avec leur lot de fragilité et de trouble. Les personnages positifs ne manquent pas d'être écornés, à la notable exception de Daniel, fantôme diaphane laissé pour compte. Quant à Dennis, toujours sparring partner, jamais premier rôle, il est la voix, désagréable et ingénieuse à la fois, qui démasque l'ensemble des supercheries à l'œuvre, tout en demeurant lui-même assez opaque au final.

Le jeu des comparaisons est souvent assez ridicule, mais tant pis. Skippy dans les étoiles est une sorte d'Île atlantique réactualisée, sans le motif homosexuel du livre de Duvert. Le fonctionnement choral de la narration, le motif de l'enfance perdue et défigurée dans la brutale lucidité de l'adolescence, la visée satirique et d'un pessimisme implacable à la fois, la jubilation de la langue et le jeu sur les étourdissements de la parole, le réalisme noir : les points de rencontre sont nombreux, même si sans doute fortuits. Un maître livre.

 

Voir les commentaires

Tir groupé : Le Monde de Charlie, Jitters, Sur le chemin des dunes

La fin de l'année 2012 va être riche pour la figuration des jeunes gays au cinéma :


jitters* Jitters sort en DVD  le 14 novembre après un échec en salles assez regrettable. J'espère que cette nouvelle diffusion permettra un peu d'élargir l'audience d'un film très juste et nuancé. Je redis que je ne diffuse pas la bande-annonce qui est une insulte pour le film.


 

 

 

Le-monde-de-Charlie.jpg* L'adaptation de  Pas Raccord / The Perks of Being a Wallflower (de et par Stephen Chbosky) dont j'avais annoncé la sortie (américaine) en août sera sur les grands écrans français pour les vacances de Noël : Le Monde de Charlie sort en effet le 2 janvier (19 décembre : la date a été changée). J'ai posté la bande-annonce (en v.o. sous-titrée ici). Elle est très pudique sur l'homosexualité de Patrick (joué par Ezra Miller), mais je me suis laissé dire que le film était beaucoup plus direct (ce qui n'est pas étonnant de la part de Stephen Chbosky).

 

* J'en profite pour annoncer une autre sortie, celle de Sur le chemin des dunes, un film flamand de Bavo Defurne, le 5 décembre. Cela fait bien un an que je lis des papiers (en anglais) sur ce film, qui a fait sensation dans nombre de festivals. Par ailleurs, j'ai vu un certain nombre de courts et moyens métrages du réalisateur dans la défunte et regrettée collection Courts mais gay d'Antiprod et je les ai assez appréciés. Dans un style naturaliste qui rappelle certains films de Téchiné, il s'est fait le chroniqueur des émois homos à l'adolescence. Ce premier long métrage est bien dans la même veine, apparemment.
Ci-dessous le synopsis officiel et la bande-annonce (a priori recommandable). J'espère faire un post après l'avoir vu.
"Fin des années 60, une ville oubliée de la côte belge. Pim vit seul avec sa mère, une ancienne reine de beauté devenue chanteuse de cabaret. Pim égaie ses journées en dessinant et en rêvant à des vies imaginaires. Il exprime ses désirs en collectionnant en secret des objets qu’il garde précieusement dans une boîte à chaussures. À l'aube de ses 16 ans, sa relation avec son meilleur ami, Gino, va prendre une autre direction. Quant à la mère de Pim, Yvette, elle a ses propres rêves. Fatiguée de ses soupirants et de sa vie monotone, elle aspire à tout quitter pour partir à la découverte du monde."

 

 

 

Voir les commentaires

The Perks of Being a Wallflower au cinéma

La blogosphère anglophone s'agite : Stephen Chbosky a tourné un film d'après son roman The Perks of Being a Wallflower (Pas raccord). Le film sort le 21 septembre aux Etats-Unis. Il n'y a pas encore de date pour la France [rajout ultérieur : le 19 décembre sous le titre Le Monde de Charlie], mais j'imagine que le casting et un succès probable aux USA lui amèneront un distributeur. Le rôle de Charlie est tenu par Logan Lerman (plutôt spécialisé dans les films fantastique bourins jusqu'à présent), celui de Sam par Emma Watson (Hermione dans les navets tirés de Harry Potter) et celui de Patrick par Ezra Miller, qui s'est défini lui-même comme "queer" dans une interview partiellement en ligne du magazine Out, site où l'on trouve aussi un article général sur les acteurs du film.

Je suis très suspicieux à l'égard des adaptations de livre au cinéma. Je me méfie des bandes-annonces et de leur caractère trompeur (que de remontages dissimulant une misère ou biaisant totalement le sens d'un film - comme en témoigne celle de Jitters). Je fais une dérogation à tout ceci cette fois :

 

Voir les commentaires

Jitters de Baldvin Zophoníasson

Jitters (Órói) de Baldvin Zophoníasson (Islande, 2010), avec Atli Oskar Fjalarsson, Hreindís Ylva Garðarsdóttir et Haraldur Ari Stefánsson

Jitters-01.jpgJitters commence hors sol, dans une école anglaise où Gabriel (Atli Oskar Fjalarsson) et Markus (Haraldur Ari Stefánsson), deux adolescents islandais, viennent passer quelques semaines en séjour linguistique. Tout semble les opposer — l’un brun, sérieux, timide et l’autre blond, désinvolte et jouisseur — et pourtant le film s’attache à leur rapprochement, fait de regards, de petites transgressions alcoolisées, de corps qui s’inclinent, jusqu’à un baiser qui clôt la relation filmique de cette expérience anglaise pas franchement dépaysante. Entretemps, le spectateur aura pris la mesure de la sagacité de Markus et de la retenue extrême de Gabriel (dont le prénom et davantage sonnent exotiques à son compagnon de circonstances).
Le dernier plan anglais s’achève sur un baiser, le suivant nous montre un retour au bercail islandais, gris comme une gueule de bois. Le film s’attache franchement au pas de Gabriel, dont le statut de héros du film ne se démentira plus. Peu à peu, sa silhouette dégingandée nous ouvre à son monde : sa mère autoritaire et envahissante (Ingibjörg Reynisdóttir, un peu dans le surjeu), son père et son beau-père, aussi falots l’un que l’autre, et ses amis, des filles surtout, dont il est le confident. Émergent nettement Stella (Hreindís Ylva Garðarsdóttir), son amie de cœur, attachée à lui en une supplique pas vraiment muette, et Greta (Birna Rún Eiríksdóttir), qui cherche à fuir sa mère, alcoolique et volage. Le film se fait pour partie choral : la caméra suit alternativement les quêtes de Gabriel, Stella et Greta, dans une recherche manifeste de parallélisme. Autour gravitent les autres membres de leur petite bande. De fête arrosée en fête arrosée, de conflits bénins en crises plus graves, le film glisse vers un horizon incertain, ni tragique ni guimauve, mais certainement assez sombre, comme la vie sans horizon de ces jeunes à la fois très libres et comme écrasés par le fardeau familial.
Jitters-04.jpgStella a des idées noires. Elle étouffe dans le cocon protecteur que sa grand-mère a tissé autour d’elle depuis la mort de sa mère. Gabriel est sa porte de sortie, mais insuffisante et précaire. Greta, quant à elle, voudrait non seulement fuir sa mère, mais aussi retrouver son géniteur, qu’elle n’a jamais connu. Gabriel est le plus opaque de ces adolescents, et en même temps le plus évidemment stable : durant la quasi-totalité du film, le spectateur le verra donner son épaule aux autres et résister aux assauts de tous ceux qui veulent lui extorquer des paroles intérieures. Lui préfère se taire, écouter et soutenir ses proches. Le réalisateur a mis un point d’honneur à lui garder cette belle et étrange réserve.

Les mots que l’on retrouve dans la presse à propos de Jitters sont assez paresseux : film « sans prétention », « tourné comme un clip », quand on n’insiste pas sur les habituels clichés concernant l’adolescence (« initiations », moment où l’on « se cherche », ce genre…). Il y a sans doute un effet de glissé, de fluidité, dans le montage, qui rappelle vaguement l'univers du clip, et en même temps une dimension quasiment documentaire dans cette histoire douce-amère. Pourtant, Jitters sort très peu des plans rapprochés et d’un filmage quasi claustrophobe de ses personnages, à commencer par Gabriel, que personne ne semble vouloir deviner et qui se révèle aux autres littéralement à son corps défendant. Partant, et contrairement à ce qu’il pourrait sembler, il ne s’agit pas vraiment d’une peinture générique de la jeunesse islandaise et encore moins de la plongée dans la psyché d’un adolescent qui « se cherche » (quand bien même il est peut-être en quête de quelque chose). Avec son titre original, Órói, qui signifie « agitation », « effervescence », « désordre », « tumulte » et sa transposition anglaise, qui tend l’agitation vers la « frousse », la « nervosité », on se situe dans un registre qui est partiellement décalé par rapport au contenu du film : effet de commentaire ou ironie du réalisateur ? Ce ne serait pas le seul plan où se manifesterait un humour très à froid, presque insensible.
Décidément, Órói mérite davantage que cette réception chipoteuse et stéréotypée, même s'il ne s'agit pas non plus sans doute d'une grande œuvre. Pour autant, le portrait singulier qu'il dessine est attachant et les ellipses sont sa syntaxe intime et délicate. Le vrai sujet du film, à mon sentiment, est de dire que les apparences sont trompeuses : d’un bout à l’autre de son retour islandais, Gabriel déjoue l’ensemble des angoisses et des tumultes qui l’entourent. Il porte témoignage silencieusement d’une voie alternative à tout ce pathos social auquel il se dérobe, même s’il semble parfois atteint, voire touché jusqu’aux larmes. Faux film choral, davantage moral, même si c’est discrètement, Órói est un film d’éclosion, porté par des acteurs remarquables, à commencer par Atli Oskar Fjalarsson, tout en mélancolie et en douceur vaporeuse, freluquet qui se laisse deviner habité par une force incroyable.

Le film n'est pas un succès (nous étions quatre au Saint-André des Arts où je l'ai vu, après trois jours d'exploitation) : ne tardez pas si vous voulez le voir sur grand écran ! Livraison en DVD dans quelques mois sinon (par son distributeur français, Outplay)..

(Sous l'image suivante, le propos pourrait vous gâcher l'histoire)

jitters.jpeg

Le casting adolescent du film presque au complet 

 

Peut-on enfin parler de film « gay » ? Sans doute pas dans le sens où la thématique de l’homosexualité viendrait habiter ce que montre le film. Pourtant, après la coupure de la séquence anglaise, la question des sentiments de Gabriel est bien celle qui demeure en suspens, et tout concourt à la faire peu à peu remonter au premier plan. Dans un rapport que l’on suppose mimétique avec l’état d’esprit du héros, elle est d’abord invisible, comme mise sous le boisseau, avant de se frayer doucement un chemin. La scène finale est moins un happy end encombrant qu’une façon de montrer une bonne fois pour toutes la fermeté du personnage, sa vérité simplement tardive.
Nul tourment visible dans le regard de Gabriel, tout à la réalisation silencieuse de sentiments qui font leur chemin, sans que l’on puisse dire comment il les vit. C’est l’une des forces du film que d’en faire longtemps mystère, rendant la figure du héros extrêmement touchante dans ses esquives et ses tâtons — qui n’en sont pas vraiment tant il subit les autres, Markus indécis et toutes ces filles qu’il touche au plus profond et comme à son insu. Mais de la même façon qu'il se sait incroyablement sérieux et fiable, Gabriel ne tergiverse pas quand il s'agit d'aller au bout de ce qu'un baiser lui a révélé.

 

Jitters-05.jpg

 

 

Voir les commentaires

Septembre en janvier

Homes_Jack.jpgLa période de fêtes qui vient de se terminer m’a permis de me reposer d’un trimestre éreintant mais aussi d’aller faire un tour du côté des librairies LGBT de Paris (Violette and Co, Les Mots à la Bouche). J’ai alors découvert que la  « rentrée littéraire » de cet automne avait été riche en événements concernant la littérature jeunesse à thématique gay. Avec un petit peu de retard, voici donc quelques indications sommaires, à charge pour moi de faire des comptes rendus plus élaborés par la suite. Premier constat : il y a eu une mini-vague de traductions. Deux sont particulièrement notables. Il s’agit d’une part de la sortie longtemps attendue en français d’un « classique » des young adult novels, Jack de A. M. Homes, grâce aux bons soins de Jade Argueyrolles chez Actes Sud Junior. Publié il y a déjà 20 ans aux États-Unis, ce roman raconte la découverte par un adolescent (narrateur de l’histoire) de l’homosexualité de son père, récemment divorcé. Contemporain du Cerf-volant brisé de Paula Fox, ce livre raconte une histoire moins tragique mais assez dure pourtant. Mes souvenirs du texte anglais sont assez brumeux et je n’ai pas encore eu le temps de le relire. A.M. Homes est une véritable institution outre-atlantique et elle est de mieux en mieux connue ici. J’y reviendrai


Green--Levithan--Will-et-Will.jpgL’autre traduction notable est Will et Will de John Green et David Levithan, qui a créé un gros buzz l’an dernier dans le monde des romans pour ados. Pour le coup, Gallimard et Nathalie Peronny n’ont pas tardé pour l’adapter en français. Je sors de la lecture croisée des deux éditions et je suis encore sous le choc de la version originale. Ce roman raconte l’histoire parallèle de deux homonymes (ils s’appellent tous les deux Will Grayson) habitant dans l’immense banlieue de Chicago. L’un est un jeune gay dépressif (voire suicidaire) et au placard, replié dans une relation difficile avec une amie à l’humeur sinistre (Maura). L’autre vit dans l’orbite d’un ami aussi queer qu’il est énorme physiquement (Tiny) et en pince secrètement pour une amie de celui-ci (Jane). Le pitch du livre est de les faire se rencontrer au premier tiers du roman et d’entremêler leurs histoires au travers de Tiny, la figure-clé du livre. John Green s’est fait la voix du Will Grayson hétéro gay-friendly et David Levithan porte celle du Will Grayson gay et dépressif. Par delà les différences d’écriture et les écarts de personnalité, ce qui fait le ciment du livre est un humour ravageur, entrecoupé par des moments extrêmement touchants. C’est ce qu’on appelle un page turner (un livre qu’on a dû mal à reposer une fois qu’on l’a commencé), mais c’est bien davantage que ça : on a rarement fait aussi réussi dans cette catégorie, par le mélange des genres et l’intelligence des situations, même s’il y a quelque chose d’abracadabrant dans les extrêmes où nous mène la fiction. J'ai pas mal de réserves sur la traduction, partagées par mes petits camarades de C'est comme ça.
 

blackman--boys-don-t-cry.jpgEnfin, je signale aussi, venant de Grande-Bretagne, Boy’s Don’t Cry de Malorie Blackman, chez Milan, dans la collection « macadam » (traduit par Amélie Sarn) que je n’ai pas encore eu le temps de lire. Manifestement, l’auteur est une tête d’affiche de la collection.

 

marguier--le-faire-ou-mourir.jpgDu côté français, j’ai découvert le premier roman de Claire-Lise Marguier, Le faire ou mourir, aux éditions du Rouergue. Après 50 minutes avec toi de Cathy Ytak, ce roman assez dense confirme un changement de ton dans la façon d’aborder l’homosexualité à l’adolescence, beaucoup plus sombre qu’auparavant, affrontant la question du rejet familial et du harcèlement. Le héros et narrateur, Damien (ou Dam), est un jeune lycéen effrayé par le monde des hommes et qui a du mal à y mettre la confiance nécessaire à sa simple survie. Par chance (?), il croise la route de Sam, un élève de terminale qui lui apporte d’emblée une protection et une affection comme il n’en avait jamais reçu. Mais les apparences sont contre Sam (qui a une allure vaguement gothique) et le père de Damien ne veut entendre parler ni de leur amitié ni du coming out (forcé et abstrait) que son fils s’est fait extorquer au lycée. Menacé par un père écrasant et des brutes homophobes, le héros/narrateur est constamment aux abois, avec Sam pour seul refuge. Jusqu’au bout du livre on se demande comment tout cela pourra finir…
Ce roman est plutôt réussi, même si on pourrait lui reprocher un certain tropisme pour le pathos. Le patronage de Gus van Sant ou Larry Clark est plus évident que celui de la littérature francophone. J’ai aussi apprécié les nombreuses indécisions que Claire-Lise Marguier a laissée dans son texte, qui évitent de figer le personnage de Damien.

 


Heterographe--n--6--comp-copie-1.jpgJe finirai ce post par l’évocation d’une heureuse surprise pour l’abonné que je suis (quasiment depuis ses débuts) de la revue Hétérographe, « revue des homolittératures ou pas ». Le numéro 6, livré en octobre est un « spécial enfance », où l’on retrouve à la fois des textes brefs d’écrivains (cf. infra), des entretiens (avec l’éditeur Thierry Magnier et une responsable d’association suisse), un cahier de dessins d’Albertine et des « réflexions » qui interrogent spécifiquement l'identité de genre, et quelques comptes rendus de livres.
Le propos d’ensemble déplace le curseur des réflexions sur la sexualité et l’identité de genre vers un moment que l’on a longtemps considéré comme « temps de latence », enjeu aujourd’hui de luttes parfois sordides, et pourtant « espace des possibles, de l’invention de soi », comme l’exprime Pierre Lepori dans l’éditorial. Homoparentalité, préjugés, sentiments naissants : les textes proposés explorent avec bonheur un certain nombre de terrains où l’enfance peut être finalement à l’aise, et moins normative que le monde des adultes.
Dans la section Écritures, on retrouvera un certain nombre d’auteurs bien aimés dans ce blog : Anne Percin, Cathy Ytak, Thomas Gornet, mais aussi Karim Ressouni-Demigneux et Jürg Schubiger. Plus surprenante est la présence de Claude Ponti, que l’on n’aurait pas imaginé là, même si l’exercice purement scriptural « Une cachemare » est éminemment pontiesque ! Dans un conte poignant, « L’histoire du petit garçon qui n’avait plus sa tête », Thomas Gornet revisite la différence comme cauchemar et comme stigmate, mais aussi comme ciment d’une fraternisation des exclus. Cathy Ytak s’amuse et nous piège avec un quiproquo savoureux intitulé « Ça change tout ». Et Anne Percin retrouve la voix bien aimée de son personnage Pierre Mouron dans « Conversation avec Samuel », après Point de côté et Bonheur fantôme, occupé à discuter les préjugés du fils de son amoureux de toujours. Où Pierre Mouron troque provisoirement son « droit à l’indifférence » pour une véritable leçon contre les préjugés homophobes !

Voir les commentaires

Que de silence ?

Je me suis rendu compte tout à l'heure que je n'avais rien publié sur ce blog depuis le 9 septembre 2010... Autant je ne me sens obligé à rien, autant je suis bien conscient des effets délétères de ce mutisme : over-blog inonde mes pages de publicité indésirable dès que je laisse les choses trop longtemps en l'état, faire une visite doit être très décevant à la longue, etc.

Je n'ai pas envie de rentrer dans des détails ni des justifications. Disons seulement que le travail de suivi du site C'est comme ça pompe l'essentiel de mon temps libre, notamment en accompagnement d'adolescent-e-s, avec lesquel-le-s nous avons une importante correspondance. Et quand je rédige une notice de livre, je ne la republie pas ici. Nous commençons aussi à voir affluer des demandes de journalistes pour des interviews sur le sujet des adolescents homosexuels. C'est plutôt bon signe !

Bref, une activité chasse l'autre... Cela n'a rien de fatal pour autant et la critique littéraire me manque. Je n'ai simplement pas le désir de m'en tenir à des listes ou à des analyses sommaires. Vous parler de Sommeil des Dieux d'Erwin Mortier (que j'ai lu) nécessiterait du temps et sans doute des relectures. Le livre aurait en tout cas toute sa place sur ce blog... La liste des romans candidats ne cesse de s'allonger, alimentant ma paresse.

Je peux déjà vous renvoyer à ce que j'ai écrit sur un roman jeunesse récent de Cathy Ytak ou le roman autobiographique de Claude Arnaud. Il n'est pas dit que ces lectures ne trouveront pas de rebond ici, plus tard... Mais j'ai une masse énorme à écrire pour mon travail au préalable, et c'est assez prioritaire.

Voir les commentaires

Un nouveau roman d'Erwin Mortier traduit en français

Mortier-sommeil-des-dieux.jpgJe viens de découvrir par un amusant hasard la parution d'une nouvelle traduction d'Erwin Mortier aux éditions Fayard, Sommeil des dieux, toujours grâce aux bons soins de Marie Hooghe. C'est la traduction de Godenslaap, initialement paru en 2008 chez De Bezige Bij (éditeur néerlandais installé à Amsterdam). Je ne saurais dire assez haut la reconnaissance que j'ai pour le travail d'une traductrice et la ténacité d'un éditeur qui, depuis 2003, ont offert au public francophone cinq ouvrages d'un écrivain absolument incroyable, et cela alors que bien rares sont les organes de presse qui défendent bec et ongles Erwin Mortier (à part Libération et Le Matricule des Anges, quels sont-ils ?).

N'étant pas néerlandophone, je ne saurais rien dire de la qualité des traductions de Marie Hooghe, sinon leur élégance et leur fluidité. En revanche, on peut signaler qu'elle a eu le prix de traduction Amédée Pichot pour Marcel en 2003. Et Erwin Mortier, qui lit et comprend le français, a lui-même exprimé toute l'estime qu'il avait pour le travail de sa traductrice. Dès lors, la déperdition inévitable que représente le changement de langue est largement atténuée par la rigueur, l'ingéniosité et les qualités artistiques de cette grande professionnelle.

Rappeler qu'Erwin Mortier est aussi poète et que ses récits relèvent de la prose poétique ne serait pas faux, si l'on ne prenait le risque de l'enfermer ainsi dans un registre qui peut échauder certains ou suggérer quelques limites à ses talents de romancier. Or, justement, la poésie n'est qu'une corde à son arc. Erwin Mortier est aussi un écrivain satirique, doté d'un humour ravageur (souvent prêté à ses personnages de matrones flamandes, bigotes mais humaines), peignant avec un sens de l'observation sans égal un monde rural et populaire flamand peu à peu plongé dans la « société moderne ». C'est aussi un virtuose des dialogues et un écrivain très sensible à la temporalité d'un récit - qu'il tord, déforme, accélère, ou au contraire allonge, apaise, avec une justesse fascinante. Autrement dit, c'est un romancier complet, et qui peut séduire des sensibilités de lecture très diverses.

 

Depuis plusieurs années, j'ai le projet de consacrer ici un post à chacun des livres d'Erwin Mortier publiés en français, quand bien même seul Ma deuxième peau relève de la thématique de ce blog. On trouve déjà un texte consacré aux Dix Doigts des jours, un court « récit » paru après sa « trilogie de la mémoire » (Marcel, Ma Deuxième peau, Temps de pose). Durant l'été 2009, j'avais relu très attentivement Marcel, mais malheureusement le cours de mes activités professionnelles ne m'a pas permis d'aller au bout de ce projet (entre autres efforts de cette époque qui ont avorté).

N'ayant bien évidemment pas encore lu Sommeil des dieux, je reproduis ci-dessous le texte de la quatrième de couverture.


« Une très vieille femme, Helena, se remémore sa très longue vie, qu’elle consigne dans des cahiers que personne ne lira jamais. Les dialogues avec Rachida, l’infirmière marocaine qui s’occupe d’elle, constituent son seul contact avec le monde actuel, après le décès de sa fille, de son époux et de son frère. Le monde d’Helena – petite-fille d’un grand propriétaire terrien de Flandre française et fille d’un négociant flamand de Gand – est celui de la Belle Époque, à la lisière de deux pays et de deux langues. À la veille de la Première Guerre mondiale, elle part avec sa mère et son frère passer les vacances d’été dans la famille de sa mère – ce séjour en France durera toute la guerre. Le théâtre de la destruction devient, pour Helena, le théâtre d’une initiation sexuelle et d’une libération personnelle.
Écrit dans la langue sensuelle, lyrique, et poétique qui constitue la petite musique d’Erwin Mortier, Sommeil des dieux est la description de l’étrange contradiction, presque surréaliste, qu’offre la guerre : orgie de violence gratuite, absurde, mais aussi, de manière perfide, spectacle sublime d’un gigantesque feu d’artifice. Il émane de ce récit empli de non-dits un charme et une fascination jamais morbides. »

# Date de Parution : 01/09/2010

# Collection : « Littérature étrangère »

# Prix public : 22,00 €

# Code ISBN / EAN : 9782213643960

# Nombre de pages : 378

 

On pourra également consulter : 

Le blog d'Erwin Mortier (en flamand, sauf quelques bribes en anglais, mais c'est une langue qu'on peut en partie "intuiter" avec des bases en anglais et/ou en allemand).

Le dossier paru dans Libération (critique et interview) à l'occasion de la sortie de Ma Deuxième peau, entre autres analyses glanées sur internet.

Voir les commentaires

"Un jour cette douleur te servira" adapté au cinéma

Toby-Regbo-1.jpgJ'ai lu aujourd'hui sur l'excellent site Band of Thebes (au 29 mai 2010) qu'une adaptation cinématographique de Someday, This Pain Will Be Useful To You (Un jour cette douleur te servira) de Peter Cameron était prévue, dirigée par le cinéaste italien Roberto Faenza (tournage cet été). Dans le rôle de James Sveck, un acteur britannique de 18 ans dont je n'avais encore jamais entendu parler, Toby Regbo, qui paraît-il joue le rôle de Dumbeldore jeune dans l'adaptation de Harry Potter et les reliques de la mort. Ce garçon est fort mignon. J'espère qu'il est aussi bon acteur...

 

Roberto-Faenza2.jpgJe n'ai jamais entendu parler du réalisateur non plus (il faut dire que les films italiens distribués en France ces dernières années sont rares, et souvent très médiocres). C'est en allant sur IMDb que j'ai découvert que Roberto Faenza avait une filmographie riche de 14 titres depuis 1968 et qu'il était universitaire par ailleurs (est-ce de bon augure ?). Faut-il imaginer une version "internationale chic" de ce livre tellement new-yorkais (aïe!), ou quelque chose de plus personnel, et éventuellement biscornu, comme Michel Blanc relisant Une petite zone de turbulences d'après le so british Mark Haddon ?

 

En tout état de cause, et comme d'habitude, je demande à voir... C'est devenu un passage obligé que de passer les livres à la moulinette du cinéma. Pourtant, le taux de réussite n'est pas très élevé dans cet exercice, souvent laborieux. On pourra toujours arguer que cela donnera une audience nouvelle au superbe livre de Peter Cameron. Voire?

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 > >>